"LE SOUVENIR EST UN POETE, N'EN FAITES PAS UN HISTORIEN."
- Recommandation de Mamie -

"L'auteur est né le 18 avril, le jour de la Saint-Parfait.
Après avoir tenté sa chance au cinéma (coupé au montage) et à l’écriture d’un roman (non publié), il a été représentant pour les piles Energizer, les huiles de protection solaire Hawaiian Tropic et les cuisines Schmidt.
Parallèlement, il a tenté de s’imposer dans le sport de haut niveau notamment dans le tennis (une défaite cruelle contre un retraité - récent - mit fin à ses rêves) et la course à pied (une arrivée hors-délais au marathon de Paris eut raison de ses ambitions). Depuis, il s’essaye au cyclisme.
Section amateurs.
En 2010, un repas épique avec sa Mamie va bouleverser sa vie. Il décide sur le champ de se lancer à coeur perdu dans les affaires culturelles** avec la ferme intention de proposer un tour de chant où les spectateurs retrouveront – tour à tour -, les jolis souvenirs de leur vie.
Un voyage féérique, nostalgique et thérapeutique en somme, où sa Mamie mène la danse de la vie.
Après toutes ses expériences ratées et à l’orée d’une carrière qu’il espère prometteuse, il est aujourd’hui serein. En paix avec lui-même. Comme dit sa Mamie, il a trouvé sa légende personnelle. Son chemin.
Enfin.
"Et moi, et moi, et moi...
Je n'étais pas le premier enfant de mes parents. Je n'étais pas non plus le premier Jacques Dutronc : on m'a donné le prénom d'un de mes oncles, le plus jeune frère de mon père. Il est mort au champ d'honneur, le 7 juin 1940. Avant de naître, j'avais donc déjà ma tombe au Père-Lachaise. J'avais pris de l'avance.
Les frères et soeurs aimaient se retrouver pour des déjeuners interminables. La bouffe, le vin, le tout dans un nuage de fumée quasi opaque. Puis au moment de partir, tout le monde restait encore des heures à parler sur le palier.Enfant, j'écoutais beaucoup de classique surtout le Concerto n°5 dit "L'empereur", de Beethoven. Mon plus ancien souvenir de chansons, ce sont celles d'Edith Piaf. Puis est venu Brassens, bien entendu, ma première grande admiration. Sans oublier le jazz, les disques de mon frère, Charlie Parker et Art Tatum.
J'étais rêveur, j'étais absent. Mon dossier de mots d'excuse devait être le plus inventif et le plus fourni du lycée. Un jour, le surveillant général du lycée a convoqué mon père. Il lui a montré un énorme dossier.
"Qu'est-ce que c'est ?
- Les mots d'excuse écrits par votre femme.
Mon père en a lu quelques-uns, stupéfié.
Elle a fait mourir trois fois sa mère, cette année.
Le digne fonctionnaire avait l'air de le regretter.
"C'est dommage parce que, d'habitude, j'apprécie beaucoup ses qualités d'imagination.
Tout le monde jouait de la guitare à l'époque - où plutôt tout le monde jouait Jeux interdits ; je me démarquait en préférant Django Reinhardt et la musique manouche.
J'étais à l'écart. Je préférais jouer seul : les cow-boys et les indiens, sauf au cinoche, ça ne m'intéressait pas. Je m'entendais mieux avec mes Dinky Toys : comme beaucoup d'enfant de ma génération, j'ai joué pendant des heures avec ces petites voitures.
En somme, l'enfance malgré des noirceurs, celles des matins d'école, du charbon, des profs, de l'après-guerre, de la maladie, m'a épanoui, m'a rendu libre et m'a donné d'agréables illusions. Et àa c'est l'essentiel, parce que l'enfance vous marque pour toujours. Quoi que l'on fasse, ensuite, ses premières images, ses premiers instantanés, ses premières photos, on enconserve les négatifs en mémoire pour le reste de sa vie.
Johnny a très vite été repéré. Vogue lui a fait signer un contrat. Le 14 mars 1960, il enregistrait son premier 45 tours, et passait pour la première fois à la télé un mois plus tard, le 18 avril 1960. Presque tout de suite, avec Souvenirs, souvenirs, il a été propulsé vers les sommets.
Mon succès ? Personne n'a rien compris dans la famille. Mon oncle surtout. Mon père, lui, était ravi; il a souvent dit que j'étais devenu ce qu'il avait rêvé d'être.
C'est pendant mon service militaire en Allemagne que j'ai découvert l'alcool. Je participas à des concours de bau-foot dans les bars allemands. Le une-deux", c'était bière-Schnaps.
Et moi, et moi, et moi s'est vendu à 300 000 exemplaire ; Les Playboys, un peu plus tard, à plus de 600 000 :
"Il y a les playboys de profession
Habillés par Cardin et chaussés par Carvil
Qui roulent en Ferrari à la plage comme en ville
Qui vont chez Cartier comme ils vont chez Fauchon"
Lanzmann a eu un crédit chez carvi pendant deux ans. J'ai eu moi-même des réductions chez eux ; chez Fauchon, on m'a offert un chapon. C'est ma mère qui l'a cuisiné, un délice; Rien de Ferrari, ni de Cartier en revanche. La gloire a hélas ses limites.
La suite prochainement.
"Mille vies valent mieux qu'une.
Du rouge sur les genoux, écarlate comme les tomates du cageot sur le porte-bagages, Maman remonte sur le vélo. Même après cinq ou six chutes, il faudrait la totalité de l'armée allemande, les Russes et les Japonais, pour la dissuader de dompter le seul moyen de locomotion disponible par ce temps de guerre qui nous prive d'essence.
Maman ne craint rien, pas même la guerre. Alors, évidemment, ce n'est pas une bicyclette qui va lui faire peur.
Quelques années plus tard, quand je serai découragé d'avoir raté ma première tentative d'être comédien, elle me rappellera : "De la volonté, mon fils. Avec de la volonté tu y arriveras." Et du courage aussi.
Il en fallait pour rester seule dans une immense baraque avec ses deux jeunes enfants, tandis que l'armée allemande a fini d'envahir le pays et se trouve postée à Rambouillet. Il en fallait davantage encore pour y cacher une famille juive dans la cave, dont elle s'occupait en secret.
Je déteste fâcher Maman.
J'aimais tant ma mère qu'il m'était odieux de la contrarier et de voir et de voir disparaître de son visage ce magnifique sourire, limpide et franc, qui la rendait si belle.
Papa avait été fait prisonnier. Cela avait certainement inquiété Maman, mais elle n'avait montré aucun signe d'anxiété, s'obstinant à demeurer gaie et enthousiaste.
Heureusement, Paul Belmondo n'était pas homme à se résigner et a programmé et exécuté son évasion grâce à l'aide de Valentin, un chic type avec qui il est rentré en France, à Paris.
L'aventure les a si fortement liés qu'ils n'ont jamais cessé de se voir, jusqu'à la mort de mon père le 1er janvier 1982.
La magie de la réapparition de mon père, maigre et les yeux brillants après cette longue absence, a fait forte impression sur moi. Ma mère exultait, le bonheur était complet. Même si le lendemain, il a fallu se résoudre à le laisser repartir pur se cacher, puis à être privé de lui jusqu'à la libération. Mais grâce à ce court intermède, mon frère et moi avons gagné une petite soeur, Muriel, née neuf mois plus tard.
Une nuit avait suffi pour un troisième enfant. Mes parents ne plaisantaient pas quand il s'agissait d'aimer.
La suite prochainement.

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