Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 22:15

Depeche"Marlene and John...

 

 Tous les billets avaient été vendus pour la soirée, mais personne n'entrait dans le théâtre. C'était la première de Marlene à Berlin après la guerre et tout le monde avait peur des attentats, ou de possibles représailles en raison du passé de Marlene. C'est alors que le maire de Berlin est arrivé, en limousine. Il est entré dans le théâtre et s'est installé au premier rang pour assister au concert. Voyant cela, le public a repris confiance et peu à peu la salle s'est remplie de spectateurs. 

 

 Dans la loge de Marlene, il y avait une énorme gerbe de roses rouges, avec un petit mot : "Ma chère Marlene, j'espère que tu es fière de la protection américaine. Je pense à toi. Commence par chanter Falling in Love Again et le public oubliera tout, tout de suite. Je t'embrasse tendrement, John." Le mot et les roses émanaient des Kennedy, avec qui Marlene avait eu une brève liaison. Elle m'a raconté qu'un soir, il l'avait reçue à la Maison-Blanche dans le bureau ovale. Il l'avait prise dans ses bras et lui avait dit : "Écoute, tu as été la maîtresse de mon père autrefois. Il n'y a pas de raison que tu ne sois pas la mienne aussi."

 

 Et Marlene avait poursuivi son récit : "Je me suis laissée faire comme une gourde. Mais j'aimais son visage. Il était très beau." Puis elle a pris le temps de réfléchir au conseil qu'il lui donnait, à savoir commencer le récital par la chanson de L'ange bleu, celle qui l'avait rendu si célèbre. 

 

 Marlene est entrée en scène sur la musique de Falling in Love Again et à la fin de la chanson, toute la salle s'est levée et l'a applaudie à tout rompre, en l'assourdissant de bravos. Ils avaient oublié qu'elle avait combattu dans le camps adverse, qu'elle avait été décorée par le général habillée en soldat français. Le récital a été un triomphe ! Ensuite, à table, elle nous a confié : "On ne change pas une Berlinoise. Je suis partie à cause d'Hitler, mais je savais bien qu'un jour je reviendrais."

 

Rideau.

Partager cet article
Repost0
Published by Régis IGLESIAS - dans Ma Mamie m'a dit
12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 00:29

Depeche"La reine Astrid...


 "Au cours secondaire, il y avait deux obligations : porter des blouses en tissu Vichy et chanter pour le vieux maréchal Pétain. Oui, on chantait ça et on jouait à la marelle. Autre jeu, tout près du bateau, la pêche au gobie. Les gobies, c'est pas bon, on les rejetait à l'eau. Pendant ce temps, maman lavait ses six paires de draps. L'Europe était a feu et a sang. A Toulouse, zone encore libre, il y avait peu à manger.
La casserole de mamie pour son café, je l'a revois encore. 

 

 Je me souviens de la poésie. Adolescente, je rêvassais, je me voyais partir avec un cirque. La réalité m'importait peu et je ne savait rien de rien sur la vie. Je ne posais pas de questions, je savais que les femmes accouchaient mais maman ne m'avait pas dit que les filles avaient des règles ni ce que faisaient les hommes et les femmes lorsqu'ils étaient nus et ensemble.

 
 Les tickets d'alimentation, les semelles en bois, des Allemands plein Paris, l'occupation quoi. Il faisait froid, dans les maisons, on occultait les fenêtres avec du papier bleu, au lycée pendant les bombardements, les cours continuaient dans les caves, on nous distribuait deux biscuits vitaminés par jour. On vivait au jour le jour. Au moment de la libération on était a la campagne, on n'a rien vu.

 
 Je connaissais peu de garçons, j'étais tendu, secrète, complexé, tout m'intimidait. Comment aborder des hommes qui me faisaient peur et dont j'avais une mauvaise image. Rien n'était mieux que les poètes et les peintres surréalistes... l'amour fou, Beaudelaire, Prévert, Brassens, on tentait le hasard, on jouait aux cadavres exquis. Quand j'entends campagne, vacances, voyages... Ce sont des sons délicieux à mon oreille. Des maillots de bain raillés, d'autres à grandes bretelles. 

 

 Le cinéma n'est plus ce qu'il était ! Au temps dont je vous parle, une séance de cinéma vous en offrait pour votre argent : il y avait d'abord le "petit film" - un court ou un moyen métrage - suivi des "actualités", elles-mêmes suivies de la "réclame" - on n'avait pas encore inventé la pub - et c'était l'entracte, c'est à dire l'heure des chocolats glacés et des attractions. Car, sachez-le, tout cinéma digne de ce nom proposait des attractions, le tout avant le "grand film". 

 

 Je sais des choses, ce sont celles que ma mamie m'a raconté. Près de ce vitrail je la revois ma Mamie qui pleurait le jour de la mort de la reine Astrid dont elle collectionnait les photos. Astrid a été la Lady Di des années 30 avec la même fin tragique. Morte dans un accident de voiture, en pleine jeunesse, en pleine beauté".

Partager cet article
Repost0
Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 17:57

journal"Il était une fois... La chanson de la résistance.

 

 "Un soir M. et Mme Breton offraient un verre de scotch à Joseph Kessel et à Saint-Exupery. De verres en verres, de moments en moments, c'est ainsi m'a dit la Marquise qu'est née l'une des plus célèbres chansons françaises. Alors qu'il bavardait ensemble un soir, en compagnie d'Anna Marly, une petite femme juive d'origine russe qui jouait de la guitare, Raoul Breton a eu une idée. Comme il devait prochainement retourner en France, il s'est tourné vers Joseph Kessel et lui a demandé : "Écrivez-moi une chanson que je porterai aux soldats. Ce sera une chanson destinée à leur donner du courage."

 

 Anna Marly avait sa guitare, sur laquelle elle s'était mise à chercher des accords. Kessel a attrapé une feuille du papier à lettres de l'hôtel mais il n'avait pas de quoi écrire. Or il disait : "J'ai l'idée ! J'ai l'idée ! Ça ne peut pas attendre !" La Marquise lui a donc tendu son bâton de rouge à lèvres parce que, disait-elle, "une idée peut s'envoler aussi vite qu'un oiseau effrayé".

 

 Et c'est ainsi que Joseph Kessel a écrit, au rouge à lèvres sur le papier à en-tête du Waldorf Astoria : "Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux dans la plaine..." qui allait devenir le célèbre Chant des partisans, sur une musique composée par Anna Marly."

 

Rideau

Partager cet article
Repost0
Published by Régis IGLESIAS - dans Des refrains et des Mamies
11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 16:46

Depeche"C’est si loin tout ça, je n’ai pas de mémoire", a-t-il l’habitude d’affirmer.  

 

 Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la France. 

Le monde bascule. A l’entrée de la gare de l’Est, Pierre serre dans ses bras ses parents et ses grands-parents et jure de venger leur honneur. Autour de lui, il entend les exclamations d’une population ivre d’espoir : "On les aura", "A Berlin"...

 

On chante la Marseillaise et Le chant du départ. Pendant les premières semaines, il se bat comme un lion avec l’inconscience de la jeunesse. Très vite, les horreurs de la guerre commencent à prendre le pas sur le désir de vengeance.

 En juin 1915, un éclat d’obus lui brise le bras gauche en même temps que l’espérance d’une brillante carrière de violoniste. C’est au soir du 8 octobre qu’il apprendra la plus épouvantable des nouvelles : son frère Marcel vient d’être fauché par un obus Allemand.

 Il perdra toutes ses illusions sur l’espèce humaine malgré des décorations, quatre citations à l’ordre de la nation avant un retour dans un Paris dont il ne partage pas la liesse.

 

 Que faire maintenant ? Il n’est pas doué pour le commerce et est d’une timidité maladive :

"Je suis timide à manger toute ma vie des carottes râpées parce que je n’ose pas dire que je les déteste ; timide à me faire taper sans cesse parce que je n’ose jamais réclamer l’argent que l’on me doit ; timide à me rendre chez le coiffeur pour la barbe pour subir, sans protester, le shampoing, la friction, la serviette chaude, le vibromasseur et le séchoir ; timide à acheter dans une boutique une cravate verte pour ne pas faire de peine au commerçant alors que je ne porte que du bleu.

 Bref, je suis timide à pleurer..."

 

 Avec les femmes, c’est pire. Il leur écrit des poèmes très insolites qu’il déchire avant même de les avoir récités. Une intense préparation psychologique est alors nécessaire. "Je vais compter jusqu’à cinq cents et puis je lui dirais que je l’aime !" Arrivé à quatre cent quatre-vingt-dix-neuf, il panique : "Je me suis trompé en comptant ; je recommence..."

 

 La vie lui étant de plus en plus insupportable, il décide d’en finir, trouve le pistolet de son père, le braque sur son crâne et tire.

 A la place de la détonation apaisante qui mettra fin à ses douleurs,il entend un "clic" qui lui glace le sang sans lui faire toutefois le moindre mal. Quelque jours plus tôt, Salomon avait déchargé l’arme pour la nettoyer. Pris pour un autre, il sera ensuite arrêter et balancé au fond d’une cellule. Cette fois-ci, il ne peut pas aller plus bas, il est au fond du trou.

 

 Une nuit interminable commence où il dresse le bilan de sa jeune et misérable existence. Dans son esprit, les souvenirs amers se mêlent aux déceptions permanentes mais son moral remonte.

 Le spectacle de chansonniers auquel il a assisté jadis lui revient soudain en mémoire. Sur scène, il n’avait pas eu le trac bien au contraire, il ne s’était jamais senti aussi bien.

 A l’aube c’est un autre homme qui sort du poste de police. C’est décidé : désormais, il fera l’humour et plus jamais la guerre. Après les années folles, les années loufoque sont en train de commencer...

 

"Les rêves ont été créés pour qu’on ne s’ennuie pas pendant le sommeil."

 

 Les débuts commencent par un casting déroutant : "Je t’écoute.

"Si tout ceux qui croient avoir raison n’avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin".

 Il enchaîne :

"Les meilleurs moments de la vie à deux, c’est quand on est tout seul...

"Le pressentiment c’est le souvenir du futur... La meilleure manière de prendre un autobus en marche, c’est d’attendre qu’il s’arrête...

"Le calendrier est une invention néfaste ; c’est à cause de lui que l’on se voit vieillir...Celui qui est parti de zéro pour n’arriver à rien dans l’existence n’a de merci à dire à personne."

"Qu’est-ce que ça veut dire demande Toziny abasourdi. Ca ne veut rien dire mais c’est marrant. Je  t’engage, tu débutes ce soir, ton cachet sera de cent sous. Au fait, comment t’appelles-tu ?

- André I...saac, balbutie le jeune homme.

- Ça ne va pas du tout. Tu t’appelleras... Voyons... ac... comme actualité... chansonnier d’actualité... Dac... Oui, ça sonne bien. André, non... Plutôt Pierre... Voilà, c’est bon... Tu t'appelleras Pierre Dac !"

- Aux journalistes qui l'interrogent sur son passé, il donne sa "biographie officielle", qui, à l’en croire, doit paraître dans la prochaine édition du Larousse loufoque...

"Né à la Cravate-sur-Plastron (Deux-chèvres). Il se destine dès sa plus tendre enfance, à l’étude de la laitue chromatique. Refusé au conservatoire, il entre comme général de brigade au 23ème régiment de soutiers motorisés et en sort avec son permis de conduire, les cheveux alezans et les rouleaux compresseurs.

 Conseiller technique et rédacteur en chef à la Charrue littéraire, il est également critique mondain au Petit écho de Mâchefer. Dans le domaine des inventions, on lui doit le passage clouté portatif et une vingtaine de francs qu’il n’a pas pu encore récupérer."

 

 La course aux trésors est l’émission la plus culte du moment. Venus à pied, en métro ou en taxi, les participants envahissent les locaux. C’est dire si on prend au sérieux ce qui, quelques mois auparavant, ne constituait qu’une plaisanterie de plus. dans l’esprit de Pierre Dac.

 Depuis la naissance de ce jeu, des équipes se sont formées dans tous les quartiers de Paris, Les plus âgées comme les plus jeunes en viennent parfois aux mains pour arriver les premiers !

 Ils rivalisent d’imagination pour rapporter dans un temps record des objets aussi loufoques qu’imaginaires, donc théoriquement introuvables. Une lentille cuite, une dragée blanche entourée de de dix kilomètres de ruban noir.

 

 Encore plus étonnants, ces auditeurs en habit qui, devant huissier, n’ont pas hésité à traverser le bassin d’une piscine parisienne sur toute sa longueur, parce que cette épreuve était obligatoire !

 Des efforts incroyables qui se trouvent récompensés par des lots ridicules. Le gagnant remporte un billet de la Loterie nationale et dix bouteilles de Byrrrh, tandis que chacun des autres participants repart avec une pelote de laine offerte par Louis Welcomme, le principal annonceur de l’émission.

 

Face au micro, ces Parisiens se trouvent soudain bien intimidés. Un jour, un heureux gagnant affirme que, avec lui, il n’y a rien à craindre : "Vous en faites pas, ajoute-t-il ; moi pour la jactance, et la converse, j’en connais un bout."

 Totalement rassuré, Pierre Dac remet donc les dix bouteilles traditionnellement offertes par Byrrh et ouvre des yeux ronds lorsqu’il entend :

"Euh... euh... Je remercie beaucoup la maison Cinzano...

- C’est aprfait monsieur mais c’est du Byrrh qu’on vous a donné.

- Euh... je remercie aussi le poste Radio-Cité.

- Bien entendu puisque nous sommes au Poste Parisien.

 

Ce jour-là, Pierre n’a pas pu reprendre le micro, écroulé de rire au fond du studio, le visage ruisselant de larmes.

De l’autre côté de la radio devenue l’indispensable compagne des Français, les provinciaux éclatent de rire à la simple évocation de cette course délirante pour l’obtention d’un cadeau dérisoire. 

 

 

 Le studio de Radio-Cité, radio symbole de la liberté des ondes, Pierre connaît. Il a troussé le slogan de l’une des émissions vedettes de l’émission Le Music-Hall des jeunes. Des paroles que l’on entend; en guise de générique d’un programme patronné chaque semaine par les meubles Levitan :

Bien l’bonjour, Monsieur Levitan,

Vous avez des meubl’, vous avez des meubles,

Bien l’bonjour, Monsieur Levitan,

Vous avez des meubl’, garantis pour longtemps.

 

Les messages publicitaires sont une formidable trouvaille de radio-Cité. les auditeurs les aiment, surtout lorsque la musique est en connue de tout le monde puisqu’il s’agit d’une parodie d’un air du folklore étudiant :

Bien le bonjour Madame Bertrand

Vous avez des filles, vous avez des filles,

Bien le bonjour Madame Bertrand

Vous avez des filles qui ont ne nez trop grand

 

 

Au début de l’année 37 démarre le Club des Loufoques avec l’hymne des loufoques. Un refrain qui se termine par un cri de guerre pacifique et inattendu...

Harengs saurs, cage d’ascenseur

V’là les chevaliers de la bonne humeur

 

Un moment exceptionnel qui se termine par le conseil traditionnellement donné par Pierre Dac avant le générique final : "Allez maintenant boire à ma santé un cocktail au savon noir et à l’acide sulfurique chez l’opticien du coin. Passez votre commande en vous recommandant du Club des Loufoques, l’artisan vous fera dix pour cent... Dix pour cent en plus, naturellement..."

L’une des plus grandes aventures de l’histoire des ondes.

 

 Sans oublier d’autres émission qui cartonnent comme La minute du bon sens et le Crochet radiophonique du populaire Saint-Granier, Sur le banc, un dialogue quotidien entre deux clochards qui s’appellent Jane Sourza et Raymond Souplex, et Les plus de quinze ans, émission destinée aux couples toujours heureux après quinze ans de mariage. Enfin, en début de soirée, la station propose La famille Duraton qui aura un succès immédiat qui va se poursuivre pendant trente ans.

 

 Quelques mois plus tard, sur Radio 37, Féral, Lefèvre et Rieira inventent le Bar des vedettes, le premier talk show de l’histoire.En ce temps-là, le Poste Parisien est comme le dit le slogan "le poste français que le monde écoute".

 On y trouve la vie de Sacha Guitry racontée par l’auteur, ainsi que l’heure des amateurs présentée par Georges Briquet, Les amis de Mireille où la créatrice de Couchés dans le foin des invités, ainsi que La vie en société, une série de petites comédies animées par Jean Nohain, dit Jaboune. L’émission la plus populaire s’appelle Les Incollables : c’est l'ancêtre des grosses têtes .

 A la radio, il y en a désormais pour tous les goûts.

 

L’Os à moelle propose un dictionnaire loufoque un concours insolite : "Envoyez-nous vos plus beaux trous dans le sable, le meilleur sera primé.", ainsi qu’une rubrique des petites annonces et des offres d’emploi.

"Offre d’emploi : On demande chaval sérieux connaissant bien Paris pour faire livraison tout seul." Dès le premier numéro, le ton est donné : "Mot de passe : Que d’Os, que d’os ! (à prononcer comme Mac-Mahon). Geste de raliement : le pouce droit dans l’oeil gauche ; le petit doigt gauche sur la couture de la chaussure. Injure hebdomadaire: "Méchant, va !"

Et que dire de "L’homme du jour de semaine", extrait : "Roger Salardenne, comme son nom l’indique, est né à Dahomey ce qui ne l’empêcha pas de voir le jour dans le département des Ardennes.

 Précocement intelligent et dôté d’une sensibilité exceptionnelle, il sut écrire avant de savoir lire. Amateur d’art avisé et érudit, Roger salardenne possède une collection de sucre en poudre qui fait l’admiration des amateurs de bel canto. 

 

 Le roi des loufoques affolent les boussoles ; il oblige des centaines de milliers de lycéens à modifier leur horaire. Ils rentrent vite de l’école afin d’écouter La course au trésor à l’heure du déjeuner et le vendredi matin, ils partent un peu plus tôt de chez eux afin de se procurer L’Os à moelle avant de se rendre au Lycée.

 L’argent de poche constituant une denrée rare, on achète à tour de rôle un exemplaire par classe., et on se communique discrètement les mots de passe, les gestes de  et l’injure de la semaine. Les jeunes exultent, ils ont enfin leur journal ! Jusqu’à maintenant, à l’exception de quelques illustrés comme Robinson, Hop ou Mickey, ils n’avaient rien à se mettre sous la dent.

 En quelques mois, la mode frise l’hystérie : l’Os devient un véritable mouvement populaire.

 

Propos recueillis par son ami Jacques Plessis.

 

Pour les amateurs : Les souvenirs d'avant-guerre de Pierre Dac ;  Les souvenirs de guerre de Pierre Dac

Partager cet article
Repost0
Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 00:56

kub"Georges Perec se souvient...

 

 Je me souviens que mon oncle avait une 11CV immatriculée 7070 RL2. Je me souviens de Lester Young au Club Saint-Germain; il portait un complet de soie bleu avec une doublure de soie rouge. Je me souviens que je me demandais si l'acteur américain William Bendix était le fils des machines à laver. Je me souviens que Voltaire est l'anagramme de Arouet L(e) J(eune) en écrivant V au lieu de U et I au lieu de J. Je me souviens que Caravan, de Duke Ellington, était une rareté discographique et que, pendant des années, j'en connus l'existence sans l'avoir jamais entendu.


 Je me souviens que dans le film Knock on wood, Danny Kaye est pris pour un espion du nom de Gromeck. Je me souviens des mousquetaires du tennis. Je me souviens de "Bébé Cadum"Je me souviens de Paul Ramadier et de sa barbiche. Je me souviens que Colette était membre de l'Académie royale de Belgique. Je me souviens que la violoniste Ginette Neveu est morte dans le même avion que Marcel Cerdan.Je me souviens que Khrouchtchev a frappé avec sa chaussure la tribune de l'O.N.U.


 Je me souviens que j'adorais le Bal des Sirènes avec Esther Williams et Red Skelton, mais que j'ai été horriblement déçu quand je l'ai revu. Je me souviens de Charles Rigoulot. Je me souviens que les Platters furent impliqués dans une affaire de drogue, et aussi que le bruit courut que Dalida était un agent du F.L.N. Je me souviens de Youri Gagarine. Je me souviens que le trompettiste Clifford Brown est mort à vingt ans dans un accident de voiture. Je me souviens du champion de rugby à XIII Puig-Aubert, surnommé "Pipette".


 Je me souviens de la feuille d'impôts de Chaban-Delmas. Je me souviens que quand Sophie, Pierre et Charles faisaient la course, c'était Sophie qui gagnait, car Charles traînait, Pierre freinait, alors que Sophie démarrait. 

 

Je me souviens que Fausto Coppi avait une amie que l'on appelait "la Dame blanche" Je me souviens d'un fromage qui s'appelait "la Vache sérieuse" ("la vache qui rit" lui a fait un procès et l'a gagné). Je me souviens qu'à la fin de la guerre, il y eut une "affaire Petiot" qui ressemblait à l'affaire Landru. Je me souviens que pendant la geurre les Anglais avaient des Spitfire et les Allemands des Stukas (et des Messerschmidt)


 Je me souviens que l'une des premières décisions que prit de Gaulle  à son arrivée au pouvoir fut de supprimer la ceinture des vestes d'uniforme. Je me souviens de Lee Harvey Oswald. Je me souviens que pendant son procès, Eichmann était enfermé dans une cage de verre. Je me souviens que Maurice Chevalier avait une propriété à Marnes la Coquette. Je me souviens que le premier film de Jerry Lewis et dean Martin que j'ai vu s'appelait la Polka des marins. Je me souviens que Sidney Bechet a écrit un opéra — ou bien était-ce un ballet? — intitulé La nuit est une sorcière.


 Je me souviens de Bourvil. Je me souviens d'un sketch de Bourvil dans lequel il répétait plusieurs fois en conclusion de chaque paragraphe de sa pseudo-conférence: "L'alcool,non, l'eau férrugineuse, oui !" Je me souviens de Pas si bête, et du Rosier de Madame Husson. Je me souviens de la "Pile Wonder ne s'use que si l'on s'en sert"Je me souviens du film de Louis Daquin, l'Ecole buissonnière, avec Bernard Blier, qui s'inspirait des méthodes Freinet. Je me souviens que j'étais abonné à un Club du Livre et que le premier livre que j'ai acheté chez eux était Bourlinguer de Blaise Cendars. 

 Je me souviens de Caryl Chessman. 

 Je me souviens de l'enlèvement de Fangio (par des Castristes?) Je me souviens de Bao Daï et, beaucoup plus tard, de Madame Nhu. Je me souviens de la colombe de Picasso, et de son portrait de Staline. Je me souviens de Christine Keeler et de l'affaire Profumo. Je me souviens que le numéro des "Peugeot" (201, 203, 302, 303, 403, 404, etc.) avait un sens précis, et aussi le numéro des locomotives (par exemple: Pacific 231).


 Je me souviens des "Juvaquatre". Je me souviens de Robert Mitchum quand il dit "Children..." dans le film de Charles Laughton, La nuit du chasseur. Je me souviens de Brigitte Bardot quand elle chantait Sidonie a plus d'un amant, Moi je ne crains personne en Harley-Davidson ou La fin de l'été.

Partager cet article
Repost0
Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 19:06

Depeche"Michel ...

 

 Michel Galabru :Il n’y a pas à rougir des films alimentaires, mais on devrait pouvoir prévenir le public. Il faudrait pouvoir le faire sur l’affiche ou sur l’écran... Ce serait franc, ce serait gentil et ça donnerait des génériques réjouissants : "La Main de ma soeur ou Les délurés de la coloniale avec Galabru pour ses impôts et Lefebvre en raison de ses charges de famille..." Quand on me proposait un bon rôle, j’avais toujours peur que le réalisateur change d’avis en voyant tel ou tel de mes navets précédents.

Mamie : Vous avez quand même eu le Cesar pour Le juge et l'assassin. Comme quoi...

Michel Galabru : Un truc de fou ! J’étais nominé face à Delon, Deweare, Depardieu... Bref, il ne fallait pas rêver. Ce soir-là, ma femme me dit :

 - Alors tu n’y vas pas !

 - Et bien non.

Alors l’éternel féminin se déclenche :

 - J’en connais un qui va y aller, c’est Delon... Parce que lui, il en a entre les jambes !

 Et elle ajoute - ce qui n’a rien à voir :

- Va chercher du pain, nous n’en avons plus.

Je descends et, tout en marchant vers la boulangerie du coin, je réfléchis que mon épouse avait raison, que même si je l’ai pas, je peux jouer le bon camarade, le détachement... Voire la joie de voir l’autre monter sur l’estrade... Tout cela bien imité. Je reviens donc chez moi avec une baguette et une détermination toute neuve. J’enfile mon smoking.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu y vas ? C’est dégoûtant... Tu l’as fait exprès pour que je n’aie pas le temps de m’habiller... Je n’ai pas été chez le coiffeur... Dans ces conditions, je vais me coiffer... M’habiller... Tu iras quand je serais prête... On est arrivé du coup à la bourre et là, alors que j’ai le noeud papillon de travers, on annonce la liste des nominés pour le meilleur acteur... Delon... Depardieu... Dewaere... J’étais serein... Sur quoi, on annonce : "Le César du meilleur acteur est attribué à ... Michel Galabru." Une surprise absolue ! Sur l'estrade, j'étais dans mes petits souliers. Ensuite mes amis tentèrent de me persuader de ne plus accepter n’importe quoi. je fus bien de leur avis et je pris d’excellentes résolutions : fini les conneries ! 

 

Mais le lendemain, ma femme (qui s’occupait un peu de mes contrats) me téléphone :

- On te propose un film aux Indes... C’est très bien payé.

- Non, non, il n’en est plus question...

Je raccroche, content de moi. Le surlendemain :

- Ils nous invitent tous, les enfants et moi, nous seront défrayés...

- Non, non, non ! répétais-je, un ton en dessous.

- Mais les Indes !

- Non..., objectais-je faiblement.

J’ai fini par accepter. On ne se refait pas : en famille, je suis un grand lâche.

 Et c'était reparti pour un tour. Un jour, je suis parti en Italie pour faire un film mais ils m’ont oublié à l'hôtel. J’ai quand même touché mon cachet et mon défraiement, je suis rentré en France sans mettre le pied une seule fois au studio ! Drôle de métier. Des fois, où je me vendais pour un plat de lentille, il m’arrivait de penser à mon père. Qu’aurait fait cet homme-là en de semblables circonstances ? Je n’étais pas toujours à l’aise dans ces rôles de bric et de broc, ces scénarios chancelants, ces dialogues bâclés... Comme le disait mon maître au théâtre : "Quand le texte est nul, quand les notes sont fausses, vous ne pouvez pas jouer. Point à la ligne."

Mamie : Quelle carrière quand même Michel, on peut parler de réussite...

Michel Galabru : La réussite d’un individu est extrêmement relative. Pour ceux qui vous reconnaissent, vous êtes un "petit quelque chose". Pour ceux qui ne connaissent pas, vous n’êtes rien. En réussissant, vous n’épaterez pas votre entourage direct, qui, à l’exception, peut-être, d’une vieille tante éloignée, en arrive à la conclusion que si un être aussi banal que vous est parvenu à émerger de la masse, eux-mêmes auraient pu parvenir aux sommets s’ils avaient eu l’idée d’entrer dans la carrière... Combien ont dû penser à la même chose en me regardant ?

 

Rideau.

Partager cet article
Repost0
Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 21:15

journal"Conversation avec Michel Galabru.

 

Mamie : Dis-moi Michel, comment as-tu fait parti de l'aventure des gendarmes ?


Michel Galabru : Un jour ma femme me fit part de son envie de se rendre à St-Tropez. Nous y allâmes. Un matin, en ouvrant les volets de la chambre d'hôtel, je surprends une conversation : un homme visiblement important, disait à un autre qui visiblement l’était moins :

 - Vous avez bien compris : je veux de Funès... Pour le reste, trouvez des ringards.

 - Des ringards ? objectait l’autre.

 - Oui, des nuls, des qui ne coûteront pas cher !

Le sbire notait, docile :

 - Des qui ne coûteront pas cher...

 Je dis à ma femme : "Je plains les malheureux qui vont se retrouver là-dedans".

 Et je n’y penses plus.

 Quelques jours passent, je flâne. Un soir, ma femme m’annonce qu’une maison de production m’a contacté. Je refuse. Un peu de repos serait le bienvenu... Elle insiste : "Tu ne vas pas refuser, ton compte est au rouge, et d’ailleurs, devine... le tournage a lieu à Saint-Tropez !"

 Je faisais parti des ringards...

 

Mamie : Le couple Cruchot et Gerber venait de naître...

 

Michel Galabru : Cette image du couple que nous formions sous l’uniforme devient légendaire. Un seul exemple : un jour, en pleine nuit, je rentre un peu éméché quand j’emprunte un sens interdit. Barrage de police, toutes sirènes hurlantes, on s’arrête et Tavernier mon co-pilote me dit : "Michel, à toi de jouer." Je baisse timidement la vitre, l’officier de gendarmerie se penche, me considère en silence et finit par lâcher, sur un ton de reproche : "Et bien... si monsieur de Funès vous voyait !"

 

Mamie : Je suis allé voir presque tous vos films. Elle cause plus, elle flingue, Le Mille pattes fait des claquettes, Le trouble-fesses, Soldat Duroc, Te marre pas c'est pour rire, Le bahut va craquer... Que des navets !

 

Michel Galabru : Mon frère me disait toujours "Quand on te voit à l'affiche, on sait qu'il ne faut pas y aller !" J'étais quand même l'interprète honteux de Poussez pas grand-père dans les cactus, du Führer en folie (dois-je avoir honte d'avoir participé à ça ? Bien sûr que oui), sans parler d'En cas de guerre je file à l'étranger (consternant), Vous habitez chez vos parents (j'avais quelque reliquat d'impôt à payer), La facteur de St-Tropez (un ratage sans nom), Poule et frites (un film affligeant, j'en suis encore affligé), La croix et la bannière (oublions) ou encore Ne prends pas les poulets pour des pigeons (un journaliste avait écrit : "Comment certains acteurs de talent, comme Galabru, peuvent-ils se commettre dans de telles aberrations ?") et les autres, presque tous les autres... A part Le juge et l'assassin... 

Partager cet article
Repost0
Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 10:54

journal"Un couple inséparable.

 

 J'ai rêvé de mon premier amour. On faisait l'amour. Les yeux encore mi-clos, je me suis entendu dire : "C'est toujours aussi bon." Une demi-seconde plus tard, je rectifiais : "Je suis toujours aussi con." Perturbé, je suis allé voir Mamie pour en parler. Le mieux que l'on puisse dire c'est qu'elle n'y est pas allé par le dos de la cuillère. Magnéto Mamie :

 

"Ne cherches pas à interpréter tes rêves. Penses à ceux qui ont fait de leur vie amoureuse, un rêve. Penses à Yvonne Printemps et à Pierre Fresnay. Pierre était un acteur remarquable. Cet homme travailleur, intelligent, presque froid à force d'être rigoureux se transformait en un autre être fou d'amour et d'attention pour Yvonne Printemps. Où qu'il soit, il l'appelait toutes les demi-heures. "Je vais appeler Mourée", disait-il. Il s'inquiétait d'elle, mais, chaque fois, elle l'envoyait promener, et il raccrochait avec un vrai grand sourire, heureux comme un petit garçon ! 

 

 Mais reprenons l'histoire au commencement du début : Avant de se faire voler la belle Yvonne, Sacha Guitry avait osé séduire Charlotte Lysès, la maîtresse de son père, Lucien. Ils tombèrent amoureux et se marièrent. Furieux, Lucien en voulut à son fils pendant treize ans et ne lui pardonna cette trahison que lorsque Sacha écrivit Mon père avait raison, pour lui exprimer toute son admiration, son affection et sa tendresse. Charlotte avait alors découvert aux Folies-Bergères une jeune fille blonde aux yeux bleus et au petit nez retroussé qui chantait, dansait et jouait la comédie. Sacha eut besoin d'une jeune comédienne pour sa nouvelle pièce et Charlotte lui rappela la demoiselle blonde qui triomphait alors dans une revue au Palais-Royal. Sacha alla l'applaudir, tomba instantanément amoureux d'elle et l'engagea sur-le-champ.

 

 Jean Cocteau me raconta que Charlotte inquiète de l'intérêt que portait Sacha à la jeune fille s'était confiée à lui :

"Sacha a parfois des faiblesses, mais là je crois que c'est sérieux...

- Et comment le savez-vous ?

- Et bien lui qui ne raffole pas des animaux, je sais qu'il descend trois fois par jour, et depuis une semaine, le bâtard d'Yvonne pour lui faire faire pipi sur le trottoir ! Il est amoureux, il n'y a pas de doute...

- Et quel est le nom de cette Yvonne ? Demanda Cocteau, amusé.

- "Printemps", répliqua Charlotte.

Cocteau lui sourit gentiment.

"Rassurez-vous, c'est une saison qui ne dure pas..."

 

 Yvonne Printemps partagea pendant dix ans la vie de Guitry. Et - ironie du sort ! - c'est lui qui engagea Pierre Fresnay pour jouer dans Franz Hals. Pierre tomba amoureux fou d'Yvonne et ils vécurent une liaison secrète et passionnée. Ils se retrouvaient chez Mme Karinska, la célèbre couturière et faisaient l'amour dans le salon d'essayage. C'est pour dire.

 

 Sacha qui était jaloux, faisait suivre Yvonne en tout lieu. Mais cela décourageait nullement nos tourtereaux ! Pierre grimpait sur l'arbre qui faisait face à la chambre où Yvonne était prisonnière, dans l'hôtel particulier de Sacha. Et là, sur sa branche, avec la braise de sa cigarette, il lui disait "Je t'aime" en morse !

 

 Le couple mythique était détruit. Tout Paris commenta l'évènement. La femme de Fresnay - la grande Berthe Bovy - fit dresser un constat d'adultère et obtint une énorme pension. Cependant, elle refusa de divorcer pour empêcher "l'autre" de se marier. En fait, elle ouvrit un compte bancaire et versa intégralement le montant des pensions pour qu'il ait de quoi vivre le jour ou Yvonne le plaquerait. Car, elle en était sûre, cette histoire ne durerait pas !

 

 Mais là aussi, ce fut une belle et longue histoire d'amour. Lorsque Pierre fut victime d'une congestion cérébrale qui lui sera fatale, Yvonne Printemps le veilla jour et nuit et finit par se laisser mourir après trois ans de chagrin. Elle demanda à son régisseur qu'il veille bien à ce que, le jour de sa mort, elle soit revêtue du tailleur noir de chez Lanvin qu'elle portait aux obsèques de Pierre. "Pour qu'il me reconnaisse en arrivant au Paradis !"

 

 Un jour j'ai croisé Yvonne chez la concierge du théâtre. Elle me serra sur son coeur, elle embaumait Heure bleue de Guerlain. Elle parla de Fresnay, avec passion et tendresse ; il était redevenu le capiston de La grande illusion. Soudain, elle m'attrapa le bras et, dans un souffle, elle murmura : "Hélène, j'ai tout eu dans ma vie, la beauté, la voix, la gloire, l'argent, Paris et les hommes les plus beaux à mes pieds. Mais je ne méritais pas ça ! Il y a des femmes qui peuvent pleurer, moi je ne peux pas. Je suis en colère !"

 

 Ma Mamie m'a dit qu'elle n'avait jamais entendu plus belle formule pour dire non à la mort. Elle m'a dit aussi, qu'avant de partir, Yvonne avait ajouté : "La seule chose qui me console, c'est que parfois, dans la nuit, Pierre vient dans mes rêves me faire l'amour..."

Partager cet article
Repost0
Published by Régis IGLESIAS - dans Des refrains et des Mamies
1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 01:45

journal"La môme.


 Née en 1915, elle fait ses débuts discographiques en 1935 chez Polydor, grâce à Jacques Canetti. Le découvreur de talents par excellence, homme de l'ombre et personnage clé de la chanson française. Piaf enregistre pour cette compagnie jusqu'en 1945, période durant laquelle elle connaît des fortunes diverses.

  Elle se situe alors encore clairement dans la double tradition de la chanson réaliste ("Les mômes de la cloche") et de sa contrepartie fantaisiste ("La java de cécigue"). Elle est alors en concurrence avec d'autres chanteuses comme Lucienne Boyer, son aînée qui a obtenu le premier grand Prix du Disque de l'histoire en 1930 avec "Parlez-moi d'amour" et qui, en 1939, épousera Jacques Pills... le futur mari de Piaf.

 Dans les années 40 et 50, on lui opposera d'autres chanteuses, comme Lucienne Delyle qui triomphe en 1942 avec "Mon amant de Saint-Jean" et qui restera très populaire au cours de la décennie suivante. Ou Yvette Giraud qui connaîtra un immense succès avec "Mademoiselle Hortensia" et qui fera par la suite une grande carrière internationale, notamment au Japon, avec des titres comme "La danseuse est créole" ou "Avril au portugal".

 Ou encore Jacqueline François qui connaîtra un destin assez similaire avec "Ce n'était pas original", "C'est le printemps", puis "Mademoiselle de Paris" qui dépasse le million d'exemplaires... Elle reçoit le Grand Prix du Disque en 1949 pour "Les levandières du Portugal".

 Seulement voilà, comme dit ma Mamie, "la môme", comme on appelle encore Piaf ces années-là, possède déjà quelque chose que les autres n'ont pas, quelque chose d'indéfinissable qui fait qu'aujourd'hui, on peut encore l'écouter, non par nostalgie ou au second degré, un sourire amusé aux lèvres, mais parce qu'elle nous donne encore et toujours le frisson.

 D'abord "Mon légionnaire", ensuite "Je n'en connais pas la fin", "L'accordéoniste", "De l'autre côté de la rue".

 Tout s'accélère quand Piaf signe avec Pathé-Marconi puisque le premier titre qu'elle grave est l'incontournable "La vie en rose"... On connaît la suite, son triomphe aux Etats-Unis, les drames de sa vie et une incroyable succession de tubes avec, sans ordre de préférence : "Hymne à l'amour", "Je t'ai dans la peau", "Bravo pour le clown", "La goualante du pauvre Jean", "Les amants d'un jour", "L'homme à la moto", "La foule", "Mon manège à moi", Milors", "Non, je ne regrette rien" et "Mon Dieu"...

 Non seulement, elle survole la chanson française mais elle est également responsable du lancement d'un certain nombre d'artistes.

 Sans elle, ma Mamie n'aurait peut-être pas jamais eu la chance d'avoir connu Yves Montant, Charles Aznavour, Les compagnons de la chanson, Gilbert Bécaud, Georges Moustaky ou Charles Dumont.

 Excusez du peu.

 Ma Mamie était fan d'Edith Piaf, un point c'est tout.

 Elle m'a raconté que quand elle a appris la mort de Cerdan, elle s'est enfermée dans sa chambre dans le noir complet pendant deux jours et refusait de sortir, de manger ou de boire quelque chose.

 Elle finit par apparaître, marchant comme une somnambule : elle s'était elle-même coupé les cheveux court, très court, on aurait dit Jeanne au bûcher. Très pâle mais déterminé, elle se dirigea d'abord vers Robert Chauvigny son chez d'orchestre et lui demanda d'arranger une nouvelle chanson qu'elle tenait à interpréter le soir même.

 La salle était pleine à craquer. La nouvelle de la mort de Marcel, le grand amour de Piaf avait fait la une des journaux. L'atmosphère était étrange, les gens dans la salle chuchotaient presque.

 On baissa la lumière, et un profond silence s'installa, dramatique et angoissant. Edith fit son entrée, pâle mais solide ; elle interpréta tout d'abord quelques chansons de son répertoire habituel, puis l'orchestre joua une très courte introduction, et la voix puissante, brûlante et émouvante d'Edith s'éleva sur ces mots : 

"Le ciel bleu sur nous peut s'effondrer

Et la terre peut bien s'écrouler

Que m'importe si tu m'aimes

Je me fous du monde entier"

 L'hymne à l'amour, l'hymne à son grand amour disparu mais toujours présent qu'elle dédiait implicitement à Marcel.

 Sa voix venu des tripes et du coeur pétrifia l'assistance ; le personnel, les spectateurs, même ceux qui ne comprenaient pas un mot de français, tous étaient bouleversés, des femmes pleuraient, des hommes aussi. A la fin de la chanson, un silence s'installa, le temps semblait s'être figé, puis d'un seul élan, le salle entière se trouva debout pour une standing ovation si forte, si longue, qu'on devait l'entendre et la ressentir  jusque sur Times Square.

 Ovation pour Piaf et pourquoi le nier pour Cerdan, tandis que ma Mamie, les proches de Piaf, les amis, les inconditionnels du petit balcon du cabaret derrière les projecteurs où ils se trouvaient, tous sans exception, avaient le visage couvert de larmes.

Rideau.

Partager cet article
Repost0
Published by Régis IGLESIAS - dans Des refrains et des Mamies
19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 17:23

journal"Le Français et la Prussienne...

 

 Un jour, en pleine nuit, je parlais à ma Mamie des couples célèbres qui dansaient dans ma mémoire. Whitney et YannickBrigitte et SergeCarla et NicolasVéronique et StephenDanielle et François, sans parler de Cécilia et Nicolas.

 

 Ma Mamie m'a alors parlé  de Marlene Dietrich, qui était avec Greta Garbo une de ses meilleures amies. Magnéto Mamie :

 

 "Marlene était merveilleuse. Elle avait l'esprit "Berlin", le Berlin des années 20, de la fête, avec un humour vif, cruel, un esprit frondeur. Gabin l'appelait "la prussienne". Comme beaucoup de gens d'Europe centrale, elle avait la passion de la vie, l'amour des autres, une immense générosité, une grande fidélité, avec toujours ce côté glace et une retenue en toute circonstance. Je la voyais souvent, elle me faisait la cuisine chez elle. Elle me concoctait des écrevisses à la nage et, sa grande spécialité, des pots-au feu.

 

 A l'époque, elle écrivait beaucoup, tapait à la machine, envoyait des télégrammes longs comme des jours sans pain. Il y avait aussi trois photos : une de Hemingway, une de Gabin et une de Fleming, l'homme qui inventa la pénicilline. A la photo dédicacée, "C'est à toi que je le dois", il avait accroché un petit tube en verre de laboratoire.

 

 Trois photos, trois hommes qui comptèrent beaucoup dans sa vie. Mais quand Marlene évoquait Gabin, on comprenait tout de suite qu'il avait été et resterait le grand amour de sa vie. Elle en parlait avec autant de tendresse et de respect que de regrets et de nostalgie. Elle avait choisi l'Amérique plutôt que Gabin, qui, lui, ne pouvait pas vivre loin de la France. ils s'étaient donc séparés. Et, en 1949, Jean avait épousé Dominique, qui était alors le sosie de Marlene Dietrich. Dominique aimait rire, aimait la vie, aimait Gabin, à qui elle donna trois enfants magnifiques.

 

 Quand on lui parlait de Marlene, il était mal à l'aise et se contentait de dire : "C'est le passé." Marlene, obstinée, attendait son retour. Elle me demandait si je voyais Jean, ce qu'il devenait, s'il était heureux. Elle était encore très attachée à lui, alors que lui avait tourné la page. j'étais avec Jean le jour où elle se cassa le fémur en Australie. Elle avait du mal à s'en remettre.

 

 Je me souviens que j'avais dit à Jean :

"Vous savez Marlene a eu un accident. Je lui envoie un télégramme, est-ce que vous permettez que j'écrive qu'on a fait le marché ensemble et que vous lui dîtes bonjour ?

- Bien sûr..."

 

 Alors je lui écrivis que Gabin lui faisait ses amitiés et lui souhaitait une bonne convalescence. Ces mots simples lui firent un plaisir incroyable. Jean était sa faiblesse. Gabin me raconta plus tard que, pendant la guerre, partout où il allait, elle était là, devant lui. Elle était parachutée grâce au général Eisenhower, qu'elle connaissait bien. il arrivait dans un camp perdu, personne ne savait où il se trouvait, et elle surgissait, tombant du ciel comme un ange habillée en soldat.

 

L'Ange bleu."

Partager cet article
Repost0
Published by Régis IGLESIAS - dans Des refrains et des Mamies

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin