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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 17:48

journal"A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

 

- On va bientôt partir en vacances...

 

 Les vacances, c'était d'abord Jeanne Barroyer. Elle est présente au carrefour de mon enfance et de mon adolescence comme une déesse qui m'aimait et que j'aimais. Ai-je, sans le vouloir, magnifié Nane parce que cela me faisait de plus beaux souvenirs ? Où est la vérité ? 

 

Les "souvenirs sont cors de chasse dont meurt le bruit parmi le vent", disait Apollinaire. Ils me ramènent à Marseille. Là, j'étais chez mon grand-père, c'est à dire chez mon Dieu. Il était toujours occupé ; dans la cave où il avait installé son atelier, et dans la ville où, coiffé de son chapeau et sa canne à la main, il semblait avoir rendez-vous avec des souvenirs et des fidélités maritimes.

 

 La première fois Jeanne avait serré mon bras très fort et, enjôleuse, avait dit tous les mots propres à ma faire chavirer. Elle savait sans doute mon innocence totale et dans la nuit propice me faisait accéder à un territoire inconnu. Cette année-là, j'ai quitté Marseille avec trop d'images dans la tête, des échanges de sourires ou de regards, une main tiède attardée dans la mienne, et, en retrouvant Paris, j'eus une brusque impression d'absence.

 

 A Paris donc où Spada (qu'on avait surnommé ainsi parce qu'il ressemblait à un bandit Corse qui traqué, cerné, avait fini - me semble-t-il, par être abattu par les gendarmes dans la maquis) ne se séparait jamais de son livre, l'emportant même dans la grande cour, tantôt serré sous son bras, tantôt grand ouvert, et qu'il lisait en déambulant. Ce livre, c'était A l'ombre des jeunes filles en fleur.

 

 Aucun de nous ne l'avait lu, mais le titre faisait palpiter nos narines de jeunes mâles. Il nous avait tiré l'oeil et allumé les sens. Un mot avait fait florès l'hiver précédent, prononcé par notre volubile professeur d'espagnol et après le cours, nous nous sommes précipités sur nos dictionnaires et nous avons appris que nous avions une libido. On ne le savait pas. Parce qu'à l'exception de quelques redoublants plus âgés ou de petits dégourdis plus précocement pervers dont notre Porthos, autrement dit Durand René, nous étions encore des séraphins.

 

 Pour en savoir plus, le seul recours c'était les livres. Sur le plan de l'émoi amoureux, j'ai le souvenir de Ramuntcho de Pierre Lotti, et d'une scène très précise. Puis, il y a eu Toi et Moi de Paul Géraldy. Une suite d'attentions délicieuses et fades, de ressouviens-t'en à l'eau de rose, avec cette recommandation : "le souvenir est un poète, n'en faites pas un historien." Pour ensuite très vite chantonner : "Si tu m'aimes et si je t'aimais, comme je t'aimerais."

 

 Je dévorais, pêle-mêle, L'Atlantide de Pierre Benoit, Les nuits de Musset, Les désenchantés de Loti jusqu'au jour où je suis tombé sur un bouquin planqué dans un placard, d'un certain Robert Sermaise, intitulé Prélude charnel, où les choses qu'on "faisait" étaient dites... C'était donc ça ! L'ouvrage devait faire partie de l'enfer de mes parents, car il voisinait avec des numéros de Frou-frou... D'un coup, je me trouvais transporté très loin des jeunes filles en fleurs.

 

C'est alors que j'ai rencontré l'inconnue. Ce jour-là elle allait d'un pas agile dans le matin du printemps avec la démarche aérienne que j'avais toujours imaginée pour la déesse Aurore ou, furtivement, pour Galatée s'enfuyant vers les saules. Ma muse avait au cou une écharpe couleur de lavande, et, à cause de mon insistance à la suivre des yeux, ou beau caprice du hasard, nos deux regards se rencontrèrent, l'espace d'une illusion. Je sus qu'elle m'avait vu. C'était la première fois qu'une telle chose m'arrivait. J'en tremblai !

 

 Le lendemain, même heure, même parcours vers l'école. Je regardais sur les deux trottoirs, persuadé que ma quête serait vaine. Et... elle apparut ! Elle avait une écharpe couleur tilleul. Elle s'amusa à réprimer un sourire avant de disparaître. Musset eût dit : "J'ai le coeur prisonnier", Rimbaud : "Loué jusqu'au mois d'août"... Dès lors, chaque jour le chemin de l'école devenait un voyage au long cours. Et chaque jour, elle venait. Toujours légère, radieuse, un brin ironique et pourtant complice. Après la lavande et le tilleul, il y eut successivement le coquelicot, l'abricot, le lis, et le bleu des mers du Sud comme l'encre favorite de mes soeurs. Nos rencontres étaient muettes  jusqu'au jour où, n'y tenant plus, j'ai rassemblé mon courage et je l'ai abordée.

 Les quelques mots échangés auraient pu rompre le charme. Il n'en fut rien. Je lui demandais hardiment combien elle avait d'écharpes. Elle me répondit sept, comme les jours de la semaine, et épanouissant son sourire :

- J'ai la coquetterie autour de mon cou ! 

J'aurais voulu l'embrasser et je n'aurai pas su comment m'y prendre. On s'est tendu la main en se quittant. La déesse avait parlé. Le mirage se poursuivit quelques semaines, mais il n'était pas tout à fait le même. Le réel l'avait gâté comme un vin débouché. Lequel des deux, ensuite, a changé de trottoir ? On ne s'est plus jamais revus.

 

 La page était tournée. L'été était de l'autre côté de la grande porte de l'école.

 

 L'épisode suivant fut une amie de ma mère que j'avais baptisé Mme de Warens. Là encore, littérature et sentiment, secrètement se tenaient la main. Je me souviens que d'Europe centrale était venue la chanson désespérante Je hais les dimanches qui jalonnait son parcours de suicides d'adolescents. Mme de Warens venait assez fréquemment voir ma mère. Elles avaient le même parfum, Cuir de Russie, et, sur elle, il me paraissait plus enivrant. Elle me marquait de l'intérêt et j'imaginais qu'elle attardait exprès ses baisers d'adieu et ses regards de fin de film sentimental. Force était de constater qu'au printemps de la vie des garçons, la jeune fille entrait comme une fleur dans leurs rêves, leurs pensées et, maladroitement, dans leurs actes.

 

 Ensuite une dame qui ressemblait à une chanteuse de music-Hall nommée Lys Gauty me donna des leçons particulières de danse. De fox-trot en valse, de one-step en tango (Le plus beau tango du monde ou la Carmencita...). Mais j'étais nul. Pire ! La créature au long fume-cigarette doré et aux bras d'ensorceleuse avait été catégorique :

- Votre fils, Madame, c'est simple : il est arythmique !

 

 Cela ne m'a pas empêché de rencontrer ma première épouse au retour d'une balade en "canadienne" (un bateau léger) sur la Seine à Ris-Orangis, il y avait bal à la guinguette des rives. Elle s'appelait Marguerite.Un soir en la raccompagnant à vélo, de nuit, sur le chemin de halage, nos bicyclettes se heurtèrent, et dans un froissement de rayons, nous tombâmes, lourdement emmêlés, presque enlacés en voulant nous retenir l'un l'autre, sur les cailloux du chemins. J'étais penché sur elle, toutes lumières éteintes pour lui porter secours quand à ma grande surprise, elle posa ses lèvres douces sur les miennes et les pressa avec infiniment de savoir-faire. C'était le premier baiser qu'on me donnait.

 

Je n'oublie pas non plus Josette et ses yeux qui disaient tout. Je pensais à ceux d'Anna de Noailles car j'en étais dans mes lectures à Francis Jammes et à sa visite à la comtesse :

 

Et je devinais vite alors que c'était toi. Car tes yeux pleins

 de nuit ravageaient ton visage

Pâle comme la lune et versaient leur émoi.

 

Ceux de Josette n'étaient que lumière, sollicitation et espérance, à croire qu'elle "tait une fée et que je vivais un rêve éveillé.

 A cette époque, les jeunes demoiselles ne s'épilaient guère. Les poils noirs de ses aisselles, les petits ronds d'humidité sur sa robe me rassuraient : elle était bien réelle. Sans cela, j'aurais toujours eu un doute sur la réalité de Josette.

 Dans un décor d'opérette, nous restons des heures sur un banc dans la nuit d'été, à sentir nos corps l'un contre l'autre. Nous formions des projets insensés, nous rencontrions parfois nos mains, nos doigts s'emprisonnaient, et par jeu feignaient de se refuser...

 

A une heure convenue, nous nous retrouvions à notre rendez-vous secret où elle me lançait des phrases comme "Voilà, je m'en vais ! Je suis venu te dire adieu." ou "Demain, je sera morte." Je vivais alors dans l'angoisse et l'émerveillement. Nous étions jeunes, elle était d'instinct plus mûre, plus assoiffée que moi, et surtout moins sotte. A la réflexion, bien longtemps après, ce n'est pas complaisance que de se souvenir, c'est brûlure. Au soir de ma vie, je compte sur les doigts de mes deux mains les morsures au coeur qui ont eu l'intensité de celle-ci, qui était la première.

 

 Josette dansait sur la ligne légère qui sépare la vie de la mort. Je n'ai revu Josette que plus tard, la guerre déclarée. Et j'ai été aussi bête dans cet ultime rendez-vous qu'à mon adolescence. Depuis, je prends conscience que Josette est là, quelque part, quand tout est noir, vaincue et triste, prête à surgir, à me clore les yeux de ses mains croisées, et à me souffler à l'oreille "Demain, je serai morte", avec ses yeux immenses, ses mains brûlantes et douces, et sa folle envie de mordre la vie.

 

Pour les amateurs :  Les souvenirs de Marcel Jullian ; L'éducation sentimentale de Marcel Jullian  

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 17:34

Depeche"Je vous retrouve dans mon coeur.


"Et vous faites refleurir
Tous mes rêves de bonheur

Je me souviens d'un soir de danse
Joue contre joue
Des rendez-vous de nos vacances
Quand nous faisions les fous

Souvenirs, souvenirs
De nos beaux jours de l'été
Lorsque nous partions cueillir
Mille fleurs, mille baisers

Et pour mieux garder dans ma tête
Les joies de la belle saison

Souvenirs, souvenirs
Il nous reste nos chansons

Souvenirs, souvenirs
Quelque part dans le matin
Où le soleil semblait rire
Tout le long de nos chemins

Nous n'avions au fond de nos poches
Qu'un peu d'espoir
Mais nous partions comme Gavroche
Le coeur assez bavard

Souvenirs, souvenirs
Vous revenez dans ma vie
Illuminant l'avenir
Lorsque mon ciel est trop gris

On dit que le temps vous emporte
Et pourtant ça, j'en suis certain
Souvenirs, souvenirs
Vous resterez mes copains"

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 01:19

journal"Avec le temps...

 

 D'aussi loin que ma Mamie se souvienne, le jeune homme est passée par une période de vaches maigres après avoir jeté aux orties son diplôme de sciences politiques pour "faire" poète...

 Au point que sa femme, Odette, ne supportant plus leur misère finira par le quitter.

 

Les Frères Jacques, Yvette Giraud s'emparent pourtant des couplets de Ferré ; Edith Piaf, elle, chante Les amants de Paris qu'il a signé avec Eddy Marnay.

  Ferré arpente les cabarets de la rive gauche ou se produit, en 1946, dans le 8ème arrondissement au Boeuf sur le toit. Là, il partage l'affiche avec les Frères Jacques, le duo Roche et Aznavour...

 Trenet a eu beau lui conseiller d'écrire pour les autres plutôt que de chanter, le poète ne se décourage pas.

 Ses convictions libertaires et anarchistes, ses cheveux trop longs, son visage grimaçant dans l'ombre du piano et un phrasé presque inquiétant ont pourtant de quoi dérouter.

 C'est finalement à sa nouvelle compagne, Madeleine Rabereau, qu'il doit ses prochains choix de carrière.

 Ferré apprend l'art de la scène, met en musique les poètes : Aragon, Beaudelaire, Apollinaire, en particulier La chanson du mal-aimé.

 En 1955, à l'Olympia, il rencontre enfin le succès avec Pauvre Ruteboeuf et Monsieur mon passé. Il signe en 1969 le texte de C'est extra, une chanson imaginée en écoutant le tube Nights in white satin des Moody Blues. C'est dire si les influences du poète contestataire sont multiples.

 Comme ma Mamie !

 

 Ferré est un homme en colère ; il y a en lui tant de larmes étouffées, une amertume, de la nostalgie, une violence que les mots par miracle parviennent à sangler.

"Avec le temps va tout s'en va", s'écrie-t-il.

 N'est-il pas incroyable de penser qu'Avec le temps voit le jour après que, dans un coup de folie, sa femme l'a quitté et à fait abattre Baba le cochon et Pépée, la guenon à qui il vouait tant d'affection... (un amour tel qu'il avait consacré au primate la chanson Pépée !).

 Terrible souvenir que se rappelle à lui chaque fois qu'il chante Avec le temps, si bien qu'en scène, il gueule un immense "salope" juste avant le dernier vers "Avec le temps on n'aime plus".

 Ferré à mauvais caractère, il refuse les appels du pied de la télévision qu'il surnomme "télévicon".

 Engagé entre communisme et anarchisme, scandalisé mais jamais au point de descendre dans la rue, il n'est pas à une contradiction près... Il roule en Rolls, s'achète un château, une île, reconnaît sans pâlir le pouvoir de son argent.

 Rien d'incohérent à ses yeux tant qu'il n'exploite personne d'autre que lui-même, se défend-il. Le poète, maudit parfois, s'éteint en 1993 à près de 77 ans, laissant dans son ombre un immense patrimoine, une quarantaine d'albums.

 

Rideau.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Des refrains et des Mamies
30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 23:00
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Published by Régis IGLESIAS - dans Mamie fait son cinéma
26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 01:41

journal"Parlez-moi d'amour...

 

 Pourrait-on aborder ce qui se chante dans l'entre-deux guerres sans évoquer Parlez-moi d'amour ?

"Pourvu que toujours

Vous répétiez ces mots suprêmes

Je vous aime.

 Rien là de très inédit mais une vraie grande chanson d'amour dans la plus pure tradition que Lucienne Boyer chante non pas à pleine voix mais dans un chuchotement sensuel.

 A la Jean Sablon ! 

 Lucienne Boyer, née Emilienne-Henriette Boyer est la fille d'une modiste et d'un pompier que la grande guerre a arraché à la vie quand elle n'avait que trois ans. Elle prête d'abord sa beauté dévoilée à quelque peintre, avant de faire ses débuts dans la chanson au Concert Mayol.

 L'Amérique lui tendra ensuite les bras.

 Se sentant prisonnière du succès international de Parlez-moi d'amour, elle chantera Parlez-moi d'autre chose, en vain...

 Parlez-moi d'amour restera son passeport.

 Ainsi, ce jour où pendant la guerre, devant la maison des Landes qu'elle habitait avec son mari Jacques Pills, ont surgi les Allemands. Ils s'apprêtaient à arrêter Pills et son ami Coquatrix, qu'on ne présente plus, tous deux maquisards. Lucienne Boyer est soudain sortie de sa cuisine entonnant son Parlez-moi d'amour. Les soldats se sont confondus en excuses !

 Divorcée de Jacques Pills, lui-même remarié à Edith Piaf, elle apparaît pour la dernière fois sur scène en compagnie de leur fille - Jacqueline - à l'Olympia en 76. Elle s'éteint en 83 à près de quatre-vingt ans.

 Rideau.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Des refrains et des Mamies
17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 14:48

lisette"Il était une fois...

 

 Un âne, un enfant et un vieillard allaient leur chemin. Le vieillard était monté sur l’âne et, au passage, les gens disaient :

- Mais quelle honte ! Regardez ce pauvre âne, on a mis le vieillard sur son dos et l’enfant marche à pied !

 

Alors on a fait descendre le vieillard et on a mis l’enfant à sa place. mais un peu plus loin, un groupe de badauds s’indigna.

- Mais quelle honte ! Cet âne porte un enfant, alors qu’il y a un vieillard qui marche à côté !

 

 Alors on a fait monter le vieillard  sur l’âne qui portait déjà l’enfant, mais à leur tour d’autres protestèrent.

- Mais quelle honte ! Regardez, on a mis le vieillard et l’enfant sur ce pauvre âne qui n’en peut plus !

 

 Alors on mit l’âne sur le dos de l’enfant et du vieillard. A un moment donné, ils sont tombés tous trois dans la rivière et se sont noyés.


Moralité : Quoi qu’on fasse, il faut agir en conscience, sans être obsédé par le jugement des autres.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Ma Mamie m'a dit
11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 14:50

Mesrine.jpg"L'ennemi public n°1.

 

 Maison d'arrêt de la santé. La nuit vient d'étendre son voile sur les souffrances du monde carcéral. Il fait froid, c'est l'hiver. Les lumières se sont éteintes. L'ombre des barreaux se reflète sur les murs délavés des cellules comme pour y emprisonner la seule évasion que représente le rêve.

 Chaque cellule dans sa noirceur renferme une histoire, un drame, une douleur, un homme et sa solitude, que la nuit apaisera ou rendra encore plus pesante.

 Tino, le petit escroc, entame sa dernière nuit en jurant de ne plus revenir. Demain il sera libre, du moins le croit-il ! Le maton du greffe lui dira ironiquement : "A la prochaine !" Il l'a déjà vu revenir six fois.

 C'est un habitué ; comme tant d'autres que l'on rejette à la rue, sans travail, sans fric, sans domicile, sans espoir de pouvoir s'en sortir un jour et qui n'ont pour tout avenir que la prison à vie payée par mensualités.

 Les murs épais de sa cellule ne lui permettent pas d'entendre les sanglots et les insultes que gueule son voisin. "Salope..., maudite salope !" Une photo de femme gît sur le sol. La lettre qu'il a reçue ce soir lui a appris que sa môme le plaquait. Hier encore, dans une précédente lettre, elle lui parlait d'amour. Il l'a comparée avec son certificat de cocufiage et dégueule sa rancoeur. Les lumières se sont éteintes sur cette constatation. Peut-être souffre-t-il vraiment dans son amour trahi, sinon son orgueil.

 Un cocu libre, ça peut faire sourire ; un cocu engagé, c'est toujours dramatique. Il eput pleurer, personne ne le regarde. "Après ce que j'ai fait pour elle, me faire ça à moi..., la salope !"

 Il sait qu'il est de mauvaise foi. sa femme, il l'a aimé entre deux casses minables. A chaque cuite, il l'a caressée à coups de savate pour lui faire voir qu'il était un dur ! Il l'a entretenue des promesses de ses richesses futures et illusoires.

 Deux fois elle l'a attendu, espérant le voir changer. Puis, usée par des parloirs sans vie, elle lui a écrit qu'elle n'en pouvait plus ; cette fois elle a rencontré un brave type et veut refaire sa vie.

 Demain, il s'inventera une histoire pour les copains de la promenade. Il se donnera le beau rôle, il jouera les hommes. En attendant, il chiale comme un môme. Les murs se sont habitués à ce genre de confidences. Ils sont les buvards de presque un siècle de souffrance.

 Enfant, avec mes petits copains, on jouait à la guerre. On s'était fabriqué des mitraillettes en bois. Mille fois on tombait mort, mille fois on reprenait le combat. Les filles participaient à nos jeux ; elles soignaient nos blessures imaginaires en nous faisant des pansements de nos mouchoirs crasseux. J'ai appris à aimer ces armes de bois ; cette passion ne me quitta jamais plus.

 

 Ensuite, comme tous les mômes de mon âge, je suis tombé amoureux d'Audrey Hepburn après avoir vu pour la énième fois son film Vacances romaines

 La prison est arrivée vite. Et là, j'ai rencontré des mecs qui étaient au trou depuis plus de dix ans. Je me demandais comment un homme pouvait accepter une telle sentence, pire que la mort. Comment des mains pouvaient-elles rester autant de te temps sans caresser le corps chaud d'une femme ?

 Comment des yeux pouvaient-ils rester aveugles au charme d'un sous-bois d'automne ou du spectacle d'un enfant courant dans un chant fleuri, en n'ayant pour toute vision que les murs froids d'une cellule ?

 Comment les sens auditifs pouvaient-ils rester tant de temps sans entendre l'amour, le bruit de la vie ou plus encore les cris joyeux de l'enfant qui se précipite dans les bras de son père ?

 Comment un homme pouvait-il accepter la vie en étant un mort sensoriel ?

 On est obligé de se créer un monde imaginaire pour survivre. Je savais déjà que je préfèrerais jouer ma vie pour retrouver ma liberté que de constater mois après mois ma dégradation mentale et le négatif de mon avenir.


"A quoi sert de pleurer le soleil,

Tes larmes t'empêcheront de voir les étoiles."

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 11:44

journal"J'ai pardonné.

 

 J'ai pardonné des erreurs presque impardonnables, j'ai essayé de remplacer des personnes irremplaçables et oublier des personnes inoubliables. J'ai agi par impulsion, j'ai été déçu par des gens que j'en croyais incapables mais j'ai déçu des gens aussi. J'ai tenu quelqu'un dans mes bras pour le protéger. J'ai ri quand il ne le fallait pas. Je me suis fait des amis éternels. J'ai aimé et l'ai été en retour mais j'ai été aussi repoussé.

 J'ai été aimé et je n'ai pas su aimer. J'ai crié et sauté de tant de joies, j'ai vécu d'amour et fait des promesses éternelles mais je me suis brisé le coeur tant de fois. J'ai pleuré en écoutant de la musique, en regardant des photos. J'ai téléphoné juste pour entendre une voix. J'ai déjà cru mourir par tant de nostalgie et j'ai eu peur de perdre quelqu'un de trés spécial "que j'ai fini par perdre" - ils me manquent - mais j'ai survécu !

 Et je vis encore !


 Ce qui est bon c'est de se battre avec persuasion, embrasser la vie et vivre avec passion, perdre avec classe et vaincre en osant parce que le monde appartient à celui qui ose et que la vie c'est beaucoup trop pour être insignifiante".

 

Rideau.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...
6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 05:01

journal"On ne discute pas d'une étoile, elle brille, c'est tout.

 

 L'histoire commence devant un magasin de disques à Marseille, Tino voit une pancarte "Pour 100 sous, faites enregistrer votre voix." Il grave deux chansons, les confie à papa Rossi : "Tu les ramènera à mamma" dit Tino. Mais la légende est là, qui attend, sous la forme du représentant de la firme Parlophone. Celui-ci se tourne vers le jeune corse : "ça vous plairait d'enregistrer pour nous?" "Quelle question !"


Le destin est en marche...

Costume blanc ou bleu marine à boutons d'or, l'oeillet carmin à la boutonnière ou borsalino façon Carlos Gardel, Tino surfe sur la vague du Latin Lover dont le public est friand. C'est la gloire immédiate, via la TSF. L'argent se met à pleuvoir. Les femmes deviennent folles. On arrache les boutons de sa veste, des filles se couchent devant sa voiture, il trouve des beautés nues dans son lit. Difficile de résister, d'ailleurs Tino ne résiste pas. Il l'avoue avec candeur, depuis toujours il savait. Autrefois, à Ajaccio, devant ses copains, il se tapotait la gorge en disant : "il y a des millions qui dorment là..."


 Le grand amour de sa vie transforme cette existence exemplaire en tourbillon : Tino rencontre Mireille Balin, elle est d'une beauté ravageuse et tourne toutes les têtes. Un milliardaire s'est suicidé pour elle, dit-on, et un ministre est devenu moine. Elle est la damnation de Tino : ils se battent, cassent les assiettes, font des scènes en public, se réconcilient. Elle est d'une jalousie insensée, inspecte ses valises, ses poches... avant de se séparer en 41. Mireille Balin sera violée à la libération par des résistants, puis mourra oubliée, alcoolique, déchue.


Après guerre, le miracle continue, les mélodies de Vincent Scotto plaisent, la simplicité de l'artiste fait taire tous les reproches. Marcel Achard vole à la rescousse : "On ne discute pas d'une étoile, elle brille, c'est tout."


Quelques mois avant sa mort, il confie à un journaliste le secret de son succès : "J'ai une voix très longue. A l'époque, elle couvrait trois octaves. Mais vous savez la puissance ne veut rien dire. Il y a le gros écu et le petit louis d'or qui vaut deux fois plus cher."

Reste une question lancinante : que signifie ce Tchi-tchi qui scie les nerfs ? C'est simple : "Je ne pouvais pas dire pouet-pouet..." 

 

Revue de presse :

 

 "Nous avons sans doute vécu hier soir, au Casino de Paris, un tournant de l’histoire de la chanson française. Quand il est entré en scène, vêtu d’une chemise et d’un pantalon bouffants, d’une veste portée négligemment sur l’épaule et la guitare en bandoulière. Tino Rossi était inconnu du grand public. Vingt minutes plus tard après avoir interprété O Corse Ile d’amour et Vieni, Vieni, des chansons spécialement écrites pour lui par son ami Vincent Scotto, il était célèbre. Les femmes étaient conquises. Certaines affirmaient même qu’elles avaient eu le privilège d’applaudir un nouveau Rudolf Valentino, dont la voix était aussi unique que le charme. Damia lui a fait un soir quelques remarques : "Ton répertoire de chansons folkloriques, ce n’est pas suffisant. Et puis, tu ne sais pas te tenir en scène.Trouve ton personnage et ça marchera." De toute évidence, il a suivi ses conseils au pied de la lettre".

 

 Deux ans plus tard : il revient habillé en berger et chante Plaisir d'amour de Paul Delmet, la Romance de maître Pathelin, mais surtout Marinella, son dernier succès, dont le disque se vend chaque mois à 80 000 exemplaires, soit six fois plus que les autres 78 tours présents sur le marché. Conscient de sa popularité, en particulier auprès des femmes, il demeure résolument modeste. Sachant que le plus dur de son parcours reste à faire, il répète, à qui veut l'entendre, le conseil que lui a donné Scotto : "Si tu veux durer, chante toujours l'amour. A défaut de le vivre, les femmes auront toujours besoin qu'on leur chante."

 

 Dix ans plus tard, dans Destins, un film de Richard Pottier dont il est la vedette, Tino Rossi joue deux frères et interprète Petit papa Noêl, une chanson qui n’était pas prévue dans le scénario original. Au départ, le visage maquillé en noir, il devait chanter negro spiritual, accompagné par un quartet spécialement venu de Harlem pour le tournage. Ce groupe s’est désisté et, se remémorant des débuts à Aix-en-Provence où, encore inconnu, il avait chanté la Pastorale, Tino a eu l’idée d’inclure, dans l’histoire, un chant célébrant cette fête traditionnelle. "Il n’y a rien eu de vraiment nouveau dans ce domaine depuis très longtemps", a-t-il expliqué aux producteurs du long métrage pour obtenir leur feu vert. Il a alors interrogé la plupart des auteurs et compositeurs. Raymond Vinci et Henri Martinet lui ont ainsi présenté des couplets créés, à l’origine, pour une revue à Marseille. Ils n’avaient eu aucun succès et l’auteur et le compositeur les avaient rangés dans un tiroir dont, à coup sûr, ils ne sortiraient jamais. Après les avoir attentivement écoutés, Tino n’a pas hésité et à décidé de les inscrire à son répertoire. "Tu verras, ce sera un succès", a-t-il déclaré à Vinci, septique. Le 78 tours va dépasser de loin ses espoirs les plus optimistes.

 

 Le 14 juillet 47, Tino se marie à Cassis. Il épouse Lilia Vetti, qu’il a rencontrée voici cinq ans à Aix-les-Bains en zone libre. Elle était alors danseuse et travaillait dans la troupe de Mistinguett. Fou d’amour, le roi des chanteurs de charme va lui faire porter chaque matin, pendant quinze jours, une gerbe de roses accompagnée d’une carte ainsi rédigée : "De la part d’un admirateur dévoué." Confiante en l’avenir, elle déclare aujourd’hui : "Je monterai une garde vigilante autour de mon mari et l’aiderai à résister aux assauts de ses admiratrices."

 

 Néanmoins, Tintin, ainsi que le surnomment les Corses, serait-il passé à la postérité s'il n'avait pas créé Petit papa Noël ? Imaginé en 1946 pour le film Destins de Richard Pottier, le titre se serait depuis écoulé à près de trente millions d'exemplaires, un record absolu pour une chanson en français ! Un heureux concours de circonstance en réalité... Dans ce film, Tino devait au départ chanter un négro spiritual entouré d'enfants noirs mais au dernier moment, le choeur gospel prévu a dû rejoindre l'Amérique sans crier gare, laissant le film en plan. On conseille à la vedette d'opter pour Minuit chrétien mais peu convaincu, Tino fait le tour des compositeurs en quête d'un inédit. Rien ne trouve grâce à ses oreilles. Finalement, le dernier, Henri Martinet, lui fait écouter un titre écrit pour une revue marseillaise reléguée au fond d'un tiroir : Petit Papa Noël !

 Désuet mais néanmoins suivi tout au long de sa vie par l'immense public de sa génération, Tino Rossi s'éteint à 73 ans en 1983 des suites d'un cancer, emportant avec lui toute une époque... Ma Mamie m'a dit que Tino a été un des plus grands mais qu'il était suffisant et qu'il aurait pu faire mieux. Tout Mamie est dans cette réplique. Elle était un peu rabat-joie, parfois.

 

Rideau.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Des refrains et des Mamies
2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 00:01

Depeche"Profession musicien.

 

 Je me souviens de Maurice Chevalier qui me disait : "Vous êtes comme moi, du côté du soleil". Ce n’est pas un hasard si je la chante depuis quarante-cinq ans, cette "belle vie".

 

Un autre souvenir.

Ma mère tenait les cordons de la bourse et gérait l’affaire. Connaissant mon père par coeur, elle évitait de le laisser seul et appréciait peu que d’autres femmes lui tournent autour. Sens des réalités ? Jalousie ? Un peu des deux, sans doute. Mais surtout passion de Maman pour cet homme ; et l’on sait que toute passion est possessive...

Le 29 janvier 1933, Maman qui ne désirait rien plus qu’un enfant, réussit à vaincre les difficultés de la nature. Je vins au monde à sept de mois de grossesse. Emoi général. Papa se souvient avoir entendu l’accoucheur prévenir : "Je vais tenter de sauver la mère." Heureusement tout le monde survécut. On me baptisa Sacha en souvenir d’un frère de Papa mort peu de temps après sa venue en France.

 

 A cette époque de l’avant-guerre Tout va très bien Madame la Marquise, Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine, Les chemises de l’archiduchesse étaient sur toutes les lèvres.

Je me souviens des soldats américains qui arboraient un air décontracté et jovial. En particulier les grands Noirs. Ils distribuaient des cigarettes, du chewing-gum et des capotes dont on m’expliquait l’usage de façon assez vague. "Zig Zig" disaient les soldats quand ils voulaient coucher avec une fille, c’est à dire souvent. C’était le code. Peu de filles refusaient. 

 

Je tournais avec Tonton Raymond qui avait repris l’idée de son adolescence en  créant l’orchestre des Collégiens et Henri Salvador qui chantait le célèbre Petit souper aux chandelles. qui opérait des ravages dans les coeurs féminins. Je préfère très vite la musique de Dizzy Gillespie, Lionel Hampton, Miles Davis, Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Lester Young, sans oublier le plus grand de tous, Charlie Parker. 

 

Jeune, j’ai travaillé en Angleterre et aux Etats-Unis. Je détestais autant Londres que j’avais adoré New-York. Je ne ficherai plus jamais les pieds dans ce foutu pays, jurais-je tout seul. Et pourtant... J’apprendrais plus tard que la vie distribue les cartes à sa seule guise : cette Amérique du nord qui m’a fait tout découvrir, où je me suis senti si bien, tellement chez moi, devenu chanteur je ne suis jamais parvenu à l’apprivoiser. J’ai toujours fait figure d’intrus. Trois petits tours et puis s’en va. Au contraire le Londres haï de ma jeunesse allait voir s’épanouir quelque vingt ans plus tard une seconde carrière commencée avec la version anglaise de Toute la pluie tombe sur moi entre autres. Ne jamais rien prévoir, ne jamais rien anticiper : ce précepte, valable pour toute vie, est encore plus vrai lorsqu’il s’agit d’une carrière artistique.

 

Juliette Gréco ?

 

 Il me reste de beaux souvenirs. Aucune amertume. Nul regret. J’ai peu de mérite. Ma mémoire ne retient que les belles choses, comme si une amnésie l’empêchait de revoir les sales moments, les petites trahisons, les mensonges commodes. Et puis, je comprends les êtres que nous étions alors. Nous goûtions à la liberté ; c’était grisant, mais chaque ivresse a son prix. Je ne suis d’ailleurs pas certain que la note a été aussi lourde que les bienfaits retirés. Nous étions jeunes, nous suivions nos désirs et étions convaincus que l’instant a plus de force que la durée. Surtout nous n’organisons pas nos vies. Les choses allaient leur train, nous tentions de les suivre. Je ne regrette pas cette légèreté. Elle n’avait rien de superficiel. Le début de notre aventure a été merveilleux, un vrai conte de fée. Je l’ai aimée comme on peut aimer à vingt-trois ans une bonne fée qui fait irruption dans votre vie, avec désir, enthousiasme et un brin d’inconscience.

 

Jeanne Moreau ?

 

 La jeunesse cicatrise vite, sans doute pour mieux se préparer à de nouvelles blessures. Un jour j’enchaînais les morceaux, tête dans les cordes comme pour mieux oublier mes soucis et lorsque j’ai relevé la tête, une superbe brune était là et m’a jeté un regard assassin. Le tout avant de sortir, sans un mot, au bras d’un type avec lequel elle avait l’air de s’ennuyer sec. "C’est Jeanne Moreau", m’a glissé le barman. J’ai trouvé son numéro (grâce à tonton Raymond) que je formais aussitôt sur mon cadran. Elle m’accueillit par cette phrase : "J’attendais votre appel." Dans la vie, il y a des femmes à qui tout est dû, et les autres. Il est clair que Jeanne appartient à la première catégorie.

Je lui dois des moments merveilleux. Comment le dire autrement, les premiers moments d’une passion sont toujours merveilleux. J’ai craqué dès le premier soir. Il y avait de quoi. Jeanne était une sorte de tornade, l’amoureuse dont tout jeune homme rêve.

Mais on était trop différents. On s’est revu plus tard, j’étais plus sûr de moi mais l’histoire ne se répète jamais, surtout quand elle devient qu’une aventure. Le bonheur avait laissé place au plaisir. Tout cela n’avait pas grand sens. Nous nous sommes quittés, cette fois-ci sans fâcherie ni douleur quelques mois plus tard. Avions-nous fait le détour vers le passé de trop ? C’est possible. N’empêche que notre histoire valait bel et bien ce détour et que, de ces moments-là, comme des autres, je ne regrette rien.

 

Brigitte Bardot ?

 

On parle - on se connaît à peine - et elle me demande où je vais en vacances. Je lui dis : "A Saint-Tropez." "C’est drôle. Je viens d’acheter une maison là-bas. Passez me voir." Fin de l’acte un. L’été arrive, je descends à Saint-Tropez, j’ai téléphoné à Brigitte pour une journaliste qui voulait la rencontrer et nous nous sommes retrouvés à la Madrague. Ensuite, Brigitte m’a proposé de l’accompagner pour dîner à l’hôtel de la Ponche. J’ai accepté. Puis nous sommes allé boire un verre. Puis j’ai reconduit Brigitte chez elle.

 Et j’y suis resté.

 

 A partir d’un moment, notre couple fut en survie et les déceptions s’enchaînèrent selon la logique inéluctable qui prélude à toute rupture. Je ne relaterai pas la fin de l’histoire, elle fut aussi triste qu’elle avait été belle. Comme tant d’autres, nous connûmes la litanie des séparations qui s'effilochent avec les déceptions qui mettent à bas les ultimes espoirs. Moi qui suit peu sujet aux emportements, je me surpris un jour à casser du verre tandis que Jacques Charrier - son nouveau Jules -, s’enfermait dans la salle de bains de Brigitte parce qu’il craignait mes réactions violentes. J’ai repris mes trois chemises, mes deux pantalons, mon agenda dont les pages avaient été couvertes part Brigitte de déclarations d’amour enflammées et j’ai quitté les lieux.

 

 Un jour a un enterrement d’un ami commun, Brigitte visiblement émue s’est avancée vers moi. "Parlons-nous, Sacha, voyons-nous, c’est dommage..." J’ai pensé avec tristesse que nous étions parvenus à l’âge où seuls les morts sont capable de nous réunir.

 Les morts et les animaux. Un jour elle a sollicité ma participation pour une manifestation en leur faveur et, ce jour-là, quelque chose est passé entre nous, rapide, diffus. Dans l’oeil de Brigitte j’ai aperçu cette petite flamme caractéristique de la beauté et de la tendresse... Loin, très loin ; presque évanouie - comme notre dolce vita à la française, ce mélange de passion et de harcèlement journalistique que nous avions vécu -, mais pas totalement éteinte. Du moins en souvenir.

 

Francine ?

 

Dans ces années-là ma vie sentimentale connaissait des hauts et des bas. Jusqu’au jour où j’ai décidé sur un coup de tête de partir pour Megeve. Trois jours de ski intensif m’ont suffi non pour devenir un bon skieur, mais pour descendre n’importe quelle piste. Et c’est au détour d’une d’elles que Francine m’apparut, superbe, couettes et regard vert, négociant des virages d’une élégance telle que j’en fus ébloui. Nous nous sommes croisés à nouveau dans la station, revus, avons pris un verre, dîné ensemble, dansé même, nous nous sommes plu, embrassés, juré de ne ne plus nous quitter, et la suite. Dès le premier soir, j’ai pensé qu’elle serait la mère de mes enfants. L’avenir allait me donner raison.

 

Scoubidou ?

 

 Il nous manquait une chanson. Une chanteuse américaine de renom, Nancy Holloway interpréta un soir ce qui était alors en train de devenir un tube de Peggy Lee aux Etats-Unis, une histoire de fille qui vend des pommes, des pêches et des cerises... On s’est dit : "C’est ça qu’il nous faut". On s’y est collé tout de suite. Très vite, l’enthousiasme nous gagne. Nous tenons la dernière chanson du tour de chant, c’est sûr. Cette impression se confirme le lendemain avec les musiciens, les rythme est bon, les paroles de Maurice collent parfaitement. Pourtant, il manque quelque chose. Je suggère que les musiciens ponctuent les paroles par un accompagnement parlé, à l’américaine, du style "scoo be do be do, ah". Essai ; c’est mieux. Les musiciens s’amusent comme des fous. Soudain Maurice se lève de sa chaise : "j’ai trouvé. Les "scoo be do", ce n’est pas un accompagnement, c’est une partie du texte. Essaie, Sacha, tu vends des pommes, des poires et des scoubidous". Ça marche tout de suite du tonnerre. Soulagement. Quand on  l’a chanté quelques jours plus tard, tout de suite le miracle s’est produit. Un délire a saisi la salle. Puis, s’est devenu un raz-de-marée.

Un triomphe. Du jamais vu. Très vite, la mode des scoubidous gagna la France et le moindre porte-clés, la plus petite chenille accrochée aux rétroviseurs de voiture se transformèrent en tortillon de plastique. Ce gadget allait devenir une sorte d’objet culte des années soixante. Une sorte de porte bonheur, en somme.

 

Rideau.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin