"L'usine.
Pour éviter de répéter les erreurs de 1918, les pays vainqueurs de la seconde guerre ne souhaitent pas accabler l'Allemagne sous les dettes de réparations. Pour maintenir la prospérité américaine, qui s'appuie sur les échanges avec l'Europe, et faire barrage à l'expansion communiste, Truman, le président américain, signe le plan Marshall en 47.
Celui-ci octroie une aide importante aux Européens pour relever l'économie du Vieux Continent. La France se reconstruit et se modernise rapidement. C'est bien, très bien même mais comme dit Mamie : "Le but de la société humaine doit être le progrès des hommes, non celui des choses."
L'industrie lourde comme la sidérurgie travaille à plein régime pour fournir les matériaux de base de l'économie française en plein essor : elle alimente la construction automobile, le bâtiment, les ouvrages d'art, la production d'électroménager... Les conditions de travail y sont particulièrement difficiles et dangereuses.
Pour accompagner cette croissance, le monde industriel a besoin de bras. La main d'oeuvre manque malgré l'exode rural qui conduit les populations rurales vers les villes. Pour alimenter l'industrie sidérurgique, les lignes de montage automobile, les constructions ou l'extraction minière, les entreprises font appel à l'immigration.
Les résultats ne se font pas attendre : la production industrielle va être multipliée par quatre et demi au cours des Trente Glorieuses. une croissance qui permettra à la France d'accéder aux premiers rangs des puissances économiques mondiales.
Mais même si les techniques de fabrication se sont modernisées, l'offre ne suit pas et il faut souvent attendre plusieurs mois pour que la voiture tant désirée soit livrée. Par exemple, la Simca Aronde de Mamie a été livrée incomplète... le pare-choc est arrivé un mois plus tard !
L'heure étant à l'augmentation de la productivité, les ateliers s'organisent autour du "travail à la chaîne". Ouvriers et ouvrières répètent le même geste à longueur de journée. Ils sont payés "à la semaine", voire même parfois "à la journée". Leur salaire leur est remis dans une enveloppe, le plus souvent en argent liquide, par une secrétaire qui fait le tour des ateliers.
La hiérarchie des tâches s'exprime clairement dans les bureaux. Installés dans une grande "cage" en verre qui permet de contrôler les activités des ouvriers, les employés tiennent les registres tandis que la secrétaire tape à la machine. Tous travaillent sous la surveillance austère du chef de service : son bureau est disposé afin qu'il puisse garder un oeil sur tout son petit monde. Vêtu d'une blouse blanche, il est le seul à disposer d'un téléphone.
Les jeunes plus instruits, sont capables de s'adapter à l'évolution industrielle et ne veulent plus être limités à des emplois d'ouvriers. Une nouvelle classe de travailleurs apparaît : les "cols-blancs". Des cadres qui ne poseraient pour rien au monde leurs doigts sur un clavier car cette tâche est réservée aux mains féminines.
A ce propos, ma Mamie disait : "Une dactylo est une personne dont la force de frappe ne représente pas toujours pour son patron une force de dissuasion." Des dactylos qui sont regroupées "en pools". Vissées sur leur chaise, elles tapent à la machine sans discontinuer, sans grand espoir de promotion mais avec un objectif serré : le rendement !
A la cantine, les ouvriers mangent dans le bruit. Les carafes d'eau sont sur la table mais chacun a droit à sa "fillette" individuelle, une demi-bouteille de vin standard de 37,5 cl. Les cadres eux, vont dans la salle à manger où les tables sont recouvertes d'une toile cirée et où chacun a même droit à une serviette en tissu.
Papi n'aimait pas la cantine et apportait sa gamelle pour le déjeuner. Chaque matin, Mamie se levait à l'aube pour lui préparer le repas et le lui remettait dans sa gamelle en fer-blanc.
Le sentiment de "mieux-vivre" par comparaison aux années précédentes met alors le sourire aux lèvres des Français. Mais la base gronde lorsque les revenus des salariés suit avec retard les augmentations liées à l'inflation.
A la fin de la journée, comme les foyers restent encore peu équipés en automobile, la vie est organisée sans voiture. On va travailler en vélo, en transport en commun ou même en solex et ont vit souvent à proximité de son lieu de travail. Certaines entreprises organisent le transport du personnel jusqu'à l'usine.
Ceux qui ont la chance d'avoir une automobile ne l'utilisent la plupart du temps que le dimanche, pour aller faire un tour à la campagne ou rendre visite à la famille.
"Conducteur du dimanche", comme disait Mamie pour se moquer d'un conducteur moins habile...
Collection "Mamie est sortie"
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