"Un livre de Dominique Missika.
Chacun à sa place : les hommes au front, les femmes à l'arrière.
Elles sont des millions à accompagner l'élu de leur coeur jusqu'à la gare. Parfois, avant le départ, toute la famille se rend chez le photographe pour immortaliser l'instant.
Malgré le chagrin qui les étreint, leurs compagnes ont cherché le moyen de se faire belles afin de laisser d'elles un souvenir heureux. Toutefois derrière les sourires crispées une question lancinante se presse sur toutes les lèvres :
"Quand nous reverrons-nous ?"
Le courrier est vital même si la censure veille au grain, mais ils s'en fichent. Incapable de se résoudre à la séparation, le couple Nizan s'écrit des lettres enflammées en faisant ouvertement un pied de nez à "ces messieurs du contrôle postal". "J'ai une envie terrible de coucher avec toi. Moi qui ai une mauvaise mémoire, j'ai de toi des souvenirs d'une étonnante précision. je t'embrasse avec un parfait manque de décence."
Ridette ne sembrasse pas plus de périphrases pour répondre à son mari : elle l'aime, cela, il le sait, mais elle lui promet à son retour de lui faire "gratuitement" et aussi longtemps qu'il le souhaitera, "toutes les fantaisies possibles"... "Moi, ajoute-t-elle sur le même registre, je te demanderai de me baiser, solidement et longtemps. Que veux-tu, je suis une classique."
Mais le moral baisse, les pleurs impossibles à retenir, l'impatience à contenir, le désir d'une étreinte, le souvenir des baisers.
Sur Radio-Paris, on entend : "S vous êtes ou avez été victime des juifs, écrivez-nous et nous ferons un large écho à vos plaintes. Votre témoignage nous sera précieux." Les journaux : Gringoire, Au Pilori, Je suis partout publient les noms et les adresses des ennemis de la cause collaborationniste.
La libération fait éclater d'un coup le corset des temps maudits. On chante, on s'amuse, on rit à nouveau, on chantonne avec Jean Nohain "Ploum, ploum, tra la la". Comme il paraît loin le temps de la Marseillaise et du Chant des partisans ! Le jazz envahit les caves, des bals publics sont donnés, le Tour de France redémarre.
Au grand désespoir des Français, les restrictions demeurent. Les croissants chauds, les biftecks frites et les apéritifs tardent à revenir.
La suite prochainement.
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