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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 17:19

Depeche"Madame Andrée.

 

 La voisine de ma grand-mère avait fait un mariage de raison. Elle lui a avoué. Grâce à ses épousailles, la vaste maison de famille ne serait pas vendue. Le pécule amassé par son futur époux sauverait la mise. Alors bien sûr, elle avait essayé de persuader sa mère qu’elle ne pouvait pas se marier, qu’elle en aimait un autre - le gentil Guytou -, plus modeste mais si doux qui, chaque fois qu’elle l’apercevait, faisait sauter son coeur hors de sa poitrine.

 Oui mais non.

 

 Sa mère lui répondit que la vie n’était pas une partie de plaisir, que l’amour était une comptine qu’on fredonne en brodant le linge ou en cherchant le sommeil, mais arrivait un jour où il fallait prendre un époux. Un homme sérieux qui ferait honneur à la famille et pas ce petit représentant de commerce avec lequel elle l’avait vu danser les soirs de bal. Que c'était ça la vie, on sa mariait, on faisait des enfants, on tenait sa maison, on obéissait à son mari, un point c’est tout.

 

  Madame Andrée inclina la tête et se soumit, mais son coeur ne cessa de battre pendant près de cinquante ans pour ce premier amour qu’elle avait dû repousser, le seul homme qu’elle aima jamais et qu’elle fut forcée d’oublier.

 Enfin. Pas tout à fait... 

 

 Guytou lui envoyait ses voeux chaque année à Noël qu’elle tirait de son tablier pour nous prouver qu’elle avait été et qu’elle était follement aimée. Elle la portait presque toujours sur elle, la faisant passer d’une poche de tablier à un sac en cuir noir les jours de messe et de cérémonie, et quand l’époque des voeux arrivait, elle échangeait l’ancienne contre la nouvelle. Le texte ne changeait pas. Il lui renouvelait son amour pur et indéfectible en termes châtiés, signalait son adresse nouvelle quand il déménageait, donnait des nouvelles du temps. De la vie.

 Et la vie passa.


 Toujours dans ses fourneaux, Madame Andrée préparait des oeufs mimosa qu’elle disposait sur un plat "comme autant de soleils qui réchauffaient" son coeur.

Elle élevait cinq enfants, comme on le lui avait appris : bonne chère, pâte pétrie, thermomètre dans le derrière, laits de poule, pierres chaudes au fond du lit les soirs d’hiver, cache-nez tricotés (une couleur pour chaque enfant), confitures maison et une vigilance distraite mais mécanique de mère poule affairée.

 Elle accomplissait son devoir avec le plus grand soin, répétait les gestes de sa mère, s’étonnait même de savoir si bien y faire. Ses petits ne manquaient de rien, sa maison étant parfaitement tenue mais son coeur vagabondait ailleurs, dans les hauteurs de Mirandol Bourgougnac où son vieux prétendant s’étiolait et se racornissait loin d’elle. Elle n’était pas triste pour autant, aimait rire, chanter Fermé le lundi de Jean Sablon, jouer au rami, à la belote, engloutissait des gâteries sucrées qu’elle rangeait dans des boîtes en fer. Le paradis.

 L'enfer.

 

 Ses enfants entraient et sortaient, tiraient son tablier, réclamaient un baiser, offraient de bonnes notes ou des fronts enfiévrés, se mariaient, enfantaient, divorçaient, aimaient, pleuraient, elle les regardait, comme Catherine Langeais à la télé. Gentiment, poliment, disant : "Elle est mignonne, hein ? Et coquette..."

 Jamais en larmes ni en colère : son coeur était ailleurs. Elle faisait de la figuration dans sa propre vie et assistait, amusée, à toute cette agitation autour d’elle. Satisfaite aussi : elle avait rempli son devoir, sa mère, là-haut dans le ciel, pouvait être fier d’elle. Ainsi que sa grand-mère et son arrière grand-mère. Une lignée de femmes fortes et soumises, aptes au devoir. Plus elle avançait en âge, plus il lui semblait qu’elle avait été une bonne fille. Et même les cartes de voeux qu’elle gardait dans sa poche, ce n’était pas un péché ! Sa maman devait lui pardonner là-haut dans le ciel. C’était une faiblesse bien petite, elle ne s’en confessait jamais auprès de monsieur le curé.

 

 Quand son époux mourut, elle avait soixante-treize ans. Elle attendit quatre ou cinq semaines que le deuil s’estompe, que les larmes sèchent, puis se hissa dans un bus - un autocar comme elle dit -, qui l’amena à Mirandol.

 Un aller simple.

 

 Elle raconta tout à ma Mamie, les yeux écarquillés et vides. Un enfant qui quitte un rêve et se retrouve brutalement dans la réalité. La petite maison, le jardinet, une femme de son âge qui lui ouvre le portail. Elle a le coeur qui bat fort, très fort, elle gravit les marches avec difficulté, regarde la femme sur les marches, dit "Bonjour, madame, excusez-moi de vous déranger" parce qu’elle est bien élevée, qu’elle n’oublie jamais de dire "bonjour, merci, comment allez-vous, je ne vous dérange pas ?", et elle ajoute : "Je suis Madame Andrée..."

 Elle a l’audace tranquille des coeurs simples et purs. Pour la première fois de sa vie, c’est elle qui décide, elle qui se dégage du joug de l’habitude, des conventions. Cet usage soudain d’une liberté ignorée l’essouffle et la chavire mais elle tient bon et regarde la femme en tablier sans ciller.

 Elle n’a pas fini sa phrase que la dame s’écrie : "Oh ! Madame Andrée, mon frère vous a attendue toute sa vie. Il est parti, il y a trois mois."


 C’est donc sa soeur ! Et elle avait cru un instant qu’il avait refait sa vie ! Et les deux femmes de pleurer, les bras dans les bras, parlant de la carte de voeux rédigée avec soin chaque année, de l’espoir que, jusqu’au bout, il avait gardé. "Il ne voulait pas que vous sachiez qu’il n’était plus là, il avait préparé cinq ou six cartes à vous envoyer pour les prochaines années, après il disait que ce ne serait plus la peine... C’est qu’on est plus tout jeunes, hein ?"


 La suite ? C'est Madame Andrée qui l'a livrée à ma Mamie, juste une phrase qui est tombée comme un couperet, comme le lait sur le feu : "C’est là que j’ai vieilli d’un coup, a-t-elle dit à ma grand-mère, lui parti, je n’avais plus de rêves..."

 

 

Collection "Les amis de Mamie"

La femme d'à côté - Yvette et Victor ne se quittent plus !Mamie à la Saint-ValentinItinéraire d'une Mamie gâtée

 

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin