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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 16:35

Depeche"Le fou chantant.

 

 Fidèle à l'art de bien vivre, Charles disait souvent : "Quand on a rêvé sa vie, il faut vivre son rêve". Il a chanté la joie et l'a vécue, à sa manière. Loin des chansons, le poète a cultivé la solitude, interrompue le temps de quelques verres entre amis. Dans ces instants qui se prolongeaient souvent pendant des heures, il a montré son appétit pour des plats de gourmet, mais aussi pour la vie. Pourtant des cauchemars ont hanté ses nuits. Mais il n'a jamais répondu aux mensonges, aux rumeurs qui ont circulé à son propos. Il s'en moquait jugeant inutile de perdre son temps en polémiques. "On ne devrait toujours parler que de ce qu'on aime, disait-il. L'oubli et le silence sont la punition qu'on inflige à tout ce qui vous a paru laid et vulgaire dans sa promenade à travers la vie."

 

 Ainsi était Charles Trenet. Un philosophe du bonheur... avec qui j'ai partagé cinquante années de joyeux souvenirs. Les restaurateurs l'appellent "Monsieur Poubelle" : quand il vient dîner, il sort en même temps que les poubelles, vers quatre heures du matin ! Au programme, Cointreau, whisky, deux immenses carafes d'eau - en apparence tout du moins -, la première contient de la vodka, la seconde de la Bénédictine, dont il raffole aussi. Sans oublier le cognac accompagné de sucre en poudre pour éviter l'ulcère pour aligner les souvenirs d'une époque sur les jeunes années.

 

Mes jeunes années

Courent dans la montagne

Courent dans les sentiers

Plein d'oiseaux et de fleurs...

 

 Des soirées très arrosées. On rapporte qu'un jour Pierre Delanoë a regagné son domicile dans des conditions pour le moins difficiles. En arrivant chez lui, il a raté une marche et s'est effondré dans l'escalier. Bilan : douze points de sutures et des pansements sur le crâne. Aux inquiets, il a simplement répondu avec un naturel sans appel :

- J'ai déjeuné avec Trenet !

 

"La vie est un rêve, traversée de temps à autre par un cauchemar". On le digère. Puis le rêve recommence. Avec la fraîcheur d'une rose. Ou l'éclat d'un sourire.

 

Chante la vie n'est pas méchante

Mais quand elle nous enchante

Il n'y a rien de plus beau...

 

 Je me souviens d'une soirée où chaque instant reste en ma mémoire. Je me souviens, le jour de mes sept ans, d'avoir entendu pour la première fois "Le jardin extraordinaire". Le 45 tours à l'étiquette jaune a marqué mon entrée dans l'âge de raison. Ces moments tourbillonnent encore aujourd'hui dans ma tête.

 

 Mais revenons au commencement. C'est le 18 mai 1913, à 15 heures, que ce bébé de dix livres a poussé son premier cri. Un ré mineur, dit la légende. On le prénomme Louis-Charles-Augustin-Georges, en hommage à son oncle et à ses grands-pères. Sa mère choisit de l'appeler plus simplement Charles qui sonne mieux à l'oreille. Il faut écouter "la belle complainte", la plus belle chanson évoquant son enfance. Quand il ne s'amuse pas avec ses jouets, il joue avec les mots. Un matin, dans la cour de récréation, il assure à ses camarades qu'il est capable de traiter de "sale veau" un professeur de français à l'embonpoint proéminent qui fait l'unanimité contre lui. On lui rit au nez. Il relève le défi, prend les paris. Quelques jours plus tard, l'enseignant rondouillard lui remet un devoir de composition française, annoté d'un zéro. Charles fait mine de baisser la tête, mais ne laisse pas passer l'occasion. Il lance, l'air de rien, mais d'une voix suffisament forte pour être entendu par tous :

- Vous avez raison, ça l'vaut !

La phrase déclenche l'hilarité générale, dont le professeur ne saisira jamais le sens. A Charles, les billes de ses copains.

La suite ? Des années difficiles en pension, sa mère ayant décidé de vivre le destin qu'elle s'est choisi. il attendra le jour où il sera grand et pourra enfin vivre son enfance. Il ne s'en privera pas, fidèle à un principe qui est en permanence dans un coin de sa mémoire : "Quand on a rêvé sa vie, il faut vivre son rêve." 

 

La rencontre avec Johnny Hess marque un tournant décisif. Marcel Bleustein-Blanchet les a engagés sur Radio-Cité pour vanter les mérites de "Brunswick, le fourreur qui fait fureur", ou pour affirmer qu'un meuble Lévitan est garanti pour longtemps". Ils animent aussi sur le Poste  Parisien "Le quart d'heure des enfants terribles", un programme offert par les Filatures de la Redoute à Roubaix.

 

Y a d'la joie ? On l'a déjà lu, Maurice Chevalier n'était pas emballé mais Mistinguett l'a convaincu en lui disant que s'il n'en voulait pas, elle serait preneuse. Il se dit alors intéressé mais émet un doute sur le premier couplet, qu'il trouve "trop foufou" :

Le garçon boucher, qui va sur ses quinze ans,

Est fou d'amour fou fou pour une femme agent

Et la femme agent, qui va sur ses cent ans,

Est folle de bonheur pour cet amour d'enfant...

 

Trenet convient que cela pourrait déconcerter son public. Le soir même il écrit :

Le gris boulanger bat la pâte à plein bras,

Il fait du bon pain,

Du pain si fin que j'ai faim, on voit le facteur qui s'envole là-bas

Comme un ange bleu

Portant ses lettres au bon Dieu...

 

 La chanson sera sur toutes les lèvres et sa carrière est en marche mais sous quel nom ? Parmi les pseudonymes, il hésite entre Charles Torrent et Charles Rivière. Il s'imagine assez bien en élément de la nature.  Raoul Breton balaie cet argument d'un geste. Il n'a pas besoin d'user de cet artifice pour toucher les coeurs. Il accepte toutefois l'idée que le surnom Fou chantant" soit associé à son patronyme. Cette expression est sortie de l'imagination d'Edmond Bory, directeur du Mélody, cabaret au sous-sol du Grand Hôtel de Marseille. Pendant son service militaire, Charles a obtenu des gradés l'autorisation de s'y produire. Un soir, il découvre dans le hall une affiche sur laquelle il est écrit : "A 22 heures, Charles, le Fou chantant." Bory lui avoue avoir pris cette initiative pour attirer le public. Annoncez votre prénom, ce n'est pas suffisant. Il a cherché et trouvé une formule qui, à ses yeux comme à ses oreilles, correspond parfaitement au personnage qui monte sur scène : un grand jeune homme vêtu d'une veste rouge, les cheveux tondus à ras et un monocle à l'oeil droit.

 

 Jusqu'à la fin de l'année 42, Charles reste à Paris, où il enregistre régulièrement des chansons. L'une d'entre elles, "Douce France", devient presque aussitôt un refrain sifflé et fredonné par une population qui vit dans l'espoir de la libération du cher pays de leur enfance. Suivra la route enchantée, Je chante, Romance de Paris, Frederica, Poule zazoue, Débit de l'eau, débit de lait, Papa pique et maman coud, La mer...

 

La petite histoire de la Mer : Un jour de juillet 42, dans un train qui le conduit de Sète à Montpellier, Charles observe attentivement le paysage. Il semble rêvasser. En passant devant l'étang de Thau, il baisse la vitre du compartiment parce qu'il a trop chaud, et commence à fredonner des paroles que le paysage lui inspire. Elles ont jailli de son esprit en moins de quatre minutes, en souvenir d'un poème qu'il avait écrit adolescent. Léo Chauliac, le pianiste qui l'accompagne, note la ligne mélodique sur le premier morceau de papier qui lui tombe sous la main : des feuilles arrachées d'un rouleau de toilettes voisines !

 

 Plus tard, il sera aussi à l'origine d'un slogan pour les parfums Bourjois qui fait aujourd'hui parti de notre langage quotidien : "Avec un J comme Joie." Il transformera aussi les paroles de La mer pour fredonner L'amer, L'amer Picon, c'est bon" et sur l'air du "Jardin extraordinaire" : "Il suffit pour ça de Wizard dans la maison"...

 

 Et les amours dans tout ça ? Son premier amour s'appelle Jessica. un après-midi de pluie, il ne verra que ses yeux et conservera un "charmant souvenir de ce premier amour d'enfance".  Deux ans plus tard à Berlin, il fait la connaissance d'Eva. Elle a quinze ans comme lui et se trouve placée à sa gauche à l'école des Arts décoratifs. Parfois la cuisse gauche de Charles se colle à sa cuisse droite. Elle ne proteste pas, au contraire, et se contente de remonter un peu sa robe avant de l'emmener dans sa chambre pour de douces caresses et de baisers tendres...

 

 C'était le temps des souvenirs.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin