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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 16:55

liberation-paris"Le goût de l'Aloès.

 

 Chez ma grand-mère, je joue assise sur le linoléum à l'entrée de l'évier placard. sur la porte, le calendrier des postes, le nouveau de l'an neuf, c'est l'hiver, vive le vent, et bonne année grand-mère, je viens d'apprendre la chanson mais non je ne dois pas la chanter.

 Alors je regarde l'image du calendrier, le jaune vif des poussins. J'ai sans doute en main ces grosses cuillères de fer blanc qui me sont des dinettes de géante. Seuls les verres à liqueur seront à mon échelle. Je les guigne. Puis un jour de semaine on m'habille avec mes habits du dimanche. "Viens dire au revoir à ta pauvre grand-mère..."

 Mon père, de tout temps, il avait été amoureux des mots et il écoutait le dimanche matin Mademoiselle Béatrice Dussane de la Comédie Française, déployer dans le haut-parleur de notre Thomson vert pré tout neuf à quatre boutons, son art du bien parler un tant soit peu nasillard.

 Il s'appropriait la diction irréprochable de la dame, replaçait dans la conversation certains mots grandiloquents après en avoir recherché la signification exacte dans son Larousse, cadeau du chef-lieu aux lauréats du certificat d'études.

 Quand je ressortais à mon tour ces mots, mon frère haussait les épaules et disait : "Elle fait encore son intéressante."

 Je suis petite, quatre ans peut-être, je ne sais pas lire t on m'offre Martine à la plage.

 On me lit en me montrant du doigt les pages où il y a les illustrations. Ainsi le monde est plus grand que l'univers de la cuisine, plus grand que la lessive et le tricot, plus grand même que la gare où mon père travaille chaque jour. Et, à ce que je vois, il contiendrait la mer...

 Ce livre en est la preuve. Il ne reste qu'à grandir et à se tenir loin des chuchotements.

 Tu chantes à la maison, tu siffles en marchant, tu écoutes à la radio les refrains à la mode. Tout au long d'un trajet en train durant lequel j'ai un peu mal au coeur, tu chantes pour moi : "C'est toi ma p'tite folie, mon p'tit grain de fantaisie..."

 Je regarde du coin de l'oeil le visage grave de ma mère. Tu dis que bientôt j'apprendrai à jouer du piano. Tu me rends fière de ce que je vais devenir.

 Je te tends un livre, le soir, pour que tu m'en dictes des passages. Pour te plaire, j'aime l'orthographe, les règles compliquées de la grammaire, je te pose des colles, je t'épate. J'écris doctement sur un cahier neuf : "Poésies de mon enfance".

 Tu fumes. Des gauloises bleues ou du tabac à rouler. Tu as des paquets de fines feuilles blanches fermés par un élastique rond. Job.

 Tu me fabriques de petits avions légers qui volent longtemps. Tu dis : "Va m'acheter du tabac. demande un paquet de tabac bleu pour mon papa Blanc !

 Ca nous fait rire.

 Tu es gourmand. Le dimanche au dessert, il y a des gâteaux. On les choisit à la pâtisserie. Pour toi une meringue à la crème. Tu fermes les yeux en la mangeant. Comme pour les escargots de Noël, les huitres.

 Moi je ne les aime pas mais mon plaisir me donne envie de les aimer aussi.

 Tu écoutes la radio. La famille Duraton, le Radio-crochet, Quitte ou Double. Tu réponds quelquefois aux questions avant le candidat, et si c'est juste tu te tournes vers nous triomphant;

 tu m'apprends à jouer aux dames mais tu gagnes toujours.

 Je veux jouer aux petits chevaux mais ça t'ennuie.

 Tu as l'amour des sentiments nobles, tu voudrais avoir l'occasion de les éprouver. Le dimanche après-midi parfois tu nous emmènes au cinéma Le Pax. Ce jour-là c'est La princesse de Clèves. Je te vois tomber amoureux d'un jeune duc en culottes bouffantes, d'une princesse raide, de leur passion et même du mai terrassé de l'intérieur par une souffrance silencieuse.

 Tous trois sont admirables, c'est l'amour, le vrai, celui dont on meurt, loin du vulgaire et des sentiments galvaudés de tous ceux-là qui se "lèchent la figure" dis-tu, à longuer de film ou de roman.

 Longtemps tu me citeras cet amour en exemple. 

 A dix-huit ans elle est amoureuse du fils du chef de gare qui dit l'aimer aussi. Les parents du garçon qui veulent un meilleur parti pour leur fils unique mettent vite fin à l'aventure en demandant leur mutation dans une grande ville.

 Le jeune homme suivra sa famille et ma mère pleurera une année durant. Je vois sur des photos son visage ravagé, celui que je lui verrai souvent plus tard. On l'envoie guérir son chagrin d'amour chez des cousins d'une branche plus fortunée.

 Alors toi à son retour tu feras le clown, tu la feras rire, tu la sortiras en compagnie d'autres jeunes gens de votre entourage, et plus tard quand elle te dira oui, alors peut-être là te feras-tu la promesse de lui apporter l'ascension sociale, qu'elle lui vienne par toi, tu regretteras tes études brèves et tu prendras des résolutions.

 Toi, l'ange, qu'est-ce qui t'as fait fuir ? Est-ce dans le lait qui passait de son corps au tien que tu as senti le goût de l'angoisse par dessus les rires du cercle de famille ?

 Quand tu arrives, ses seins coulent depuis deux ans déjà puisque l'aîné ne sera complètement sevré qu'au moment de l'accouchement, quand tu prend le relais.

 Cette métamorphose d'un corps de jeune femme en corps uniquement nourricier, sacrificiel, l'aurait vidée d'appétence et tu en aurais été flétri, tout petit trop faible pour résister au désir absent.

 Ou bien le souvenir de l'autre vint la tourmenter plus fort juste après cette naissance, en toi soudain elle ne vit que la semence d'un mari sans gloire, et ressassant alors des pensées qu'elle jugeait coupables, elle s'employa à ses chimères plus qu'à toi.

 Alors tu fuis. Paré comme je l'ai dit de l'aura des hauts faits que ta mort si précoce suggérait. Pour toujours exemplaire.

 Le frère restant en fit seul les frais d'abord, avant que je vienne quelques années plus tard supporter avec lui le poids de ton modèle.

 Leur peine de parents, pour elle accrue par l'éternelle culpabilité des mères, dura et les empêcha longtemps d'envisager une nouvelle naissance. Puis, malgré eux, des hormones creusèrent dans leurs métabolismes le chemin d'une vie souterraine. Elle fut enceinte à nouveau, et sûre qu'un autre garçon advenait dans son ventre. 

 Une sorte de rachat.

 Quand la sage-femme annonça "C'est une fille", je sais sous le contentement du travail enfin achevé, la déception de la parturiente, tandis que mon père, avant de lâcher son plaisir à cause de la nouveauté de l'autre sexe plus porteur de promesses et qu'il avait attendu en vain deux fois, mon père fut surtout soulagé. Un petit mâle les eût condamné à vivre la répétition.

Avec moi tu décides de procéder autrement. Finies les débauches de nourrissage au sein. Temps moderne oblige, on recommande le biberon. Des réclames conseillent la tétine Rémond.

 Mais le sevrage sera moins naturel que celui de l'aîné. Un pharmacien pavlovien t'explique que pour détourner l'enfant du sein, rien ne vaut l'aloès. Désormais, aux heures où je réclame mon repas, tu t'enduis les mamelons d'une substance qui est toute amertume.

 Je grimace et tu me présentes alors le biberon Rémond. Ma mimique était plaisante à voir, rapporterez-vous à l'occasion, racontant l'anecdote comme une bonne farce, de même la réaction du frère aîné qui imagine lui sans effort le malheur du manque, et qui s'insurge : "Tu es méchante, maman !"

 Se loger est un souci. Vous habitez comme beaucoup d'autres, après la guerre et les bombardements, des pièces uniques, minuscules et sans confort que vous louez hors de prix.

 Vous vous réfugiez quelques mois chez la grand-mère, dans une promiscuité compassionnelle après la mort de l'enfant. J'ai un an. Je fais mes premiers pas.

 Puis ce sera le déménagement. Trois belles pièces, un grand balcon et un WC intérieur. Vous choisissez des peintures, des papiers à fleurs, vous garnissez d'étagères les placards. peut-être enfin une vraie vie commence.

 Toi ma mère, ce nouveau lieu te distrait des béances. Un moment le présent arrive à te retenir. Et puis peu à peu tu t'en retourneras contempler la profondeur de tes gouffres.

 Comme pour les êtres, tu ne sais la valeur des choses que dans leur perte.

 Mais si tu tu te détournes du présent, ton passé, lui, a de l'avenir.

 

 Premier jour d'école.

 Je reviens en brandissant une ardoise couverte de lignes de i. Une petite canne à l'envers avec un point au-dessus pour faire joli. Chacune bien semblable à l'autre. Je m'applique. Je dessine bientôt, lettre après lettre, "papa".

 Au milieu de l'année je lis couramment. Souvent la maîtresse ouvre la porte qui communique avec l'autre classe et me donne une page à lire à voix haute. Les deux maîtresses hochent la tête : "Et en plus elle met le ton !"

 Tu assistes à l'exercice un soir, un samedi sans doute, c'est ce jour-là que tu viens me chercher. A moi tu ne dis rien, mais en rentrant tu racontes l'évènement à la maison, la voix brisée d'émotion.

 Quand Fréjus est ravagé par l'éclatement de son barrage, chacune apporte à l'école un paquet de riz, des pâtes ou des fruits secs.

 On enverra des colis aux enfants. La maîtresse, avec les mots des unes et des autres, rédige au tableau quelques phrases. C'est moi qu'elle charge ensuite de recopier le message sur une carte postale, pendant que les autres dessinent des fleurs ou des oiseaux. Là encore, tu en parleras longtemps.

 Tu comptes avec moi mes bons points, tu signes mes "cahiers du jour" quand ils sont terminés, après avoir relu jusqu'à les mémoriser les mentions élogieuses écrites à l'encre rouge.

 Je rapporte tout ce que tu attends. première à tous les classements. Une année pourtant, je serai troisième en calcul et je me souviens d'avoir été mortifiée à l'idée de t'annoncer la chose. La nouvelle t'atteindra comme une offense personnelle et tu garderas quelques jours tes distances.

 Tu es ainsi, mon père.

 Tu reviens de la pêche dans des odeurs de caoutchouc mouillé, d'herbe et de poisson. Je m'affaire autour de toi, je pousse des petits cris à la vue des corps nacrés et gluants, je fais ma délicate.

 Tu reviens de la cueillette des champignons et ton panier s'ouvre sur des couleurs somptueuses : citron des canaris, brun des charbonniers, des bollets, orange criard des girolles. Je t'aide à les nettoyer et nos doigts en sont teints longtemps.

 Tu découpes le poulet du dimanche, un torchon à carreaux autour de la taille, armé d'un coutelas.

 Ogre nourricier.

 Tu nous emmènes tous cueillir des jonquilles. Des milliers qui éclatent dans des près mouillés; le soleil en haut et en bas. Il faudrait une joie à la mesure de cet éclat. Tu t'en approches. Elle ne sait pas.

 Tu me réveilles au petit matin, le train roule, je suis couché sur la banquette, la tête sur les genoux de ma mère : "La voilà, regarde !" et là dans le rectangle de la fenêtre à manivelle entre le sommeil et l'ombre du rêve, pour la première fois, la mer s'avance.

 Nous portons des maillots de bain. Nous voyons nos corps parmi ceux des autres. Nous sommes malhabiles. Nous n'avons pas l'habitude de la plage. Tu achètes un ballon bleu. Nous allons jouer nous aussi. Toute la plage nous regarde je crois.

 Tu prends des billets pour une traversée sur l'île. Je pars au loin, je regarde le large, appuyée au bastingage, inspirée. Je suis une princesse qui s'exile avec toute sa cour. Et puis tout bascule et je vomis sur mes pieds.

 

 C'est la Stella Maris. Grand-mère est partie avec nous. deux chambres quatre repas et cinq couverts, "la petite n'a pas d'appétit", le tout en demi-pension. Tu aurais bien voulu faire le grand seigneur, ne rien discuter mais elle ne te laisse pas grever le budget. Tu dis : J'ai un bon ministre des finances.

 C'est le pays basque. A marée basse on peut s'avancer très loin sur le sable mouillé. Je m'en vais au-devant de la mort. Je dépasse tout le monde. Vous me perdez de vue. Tu t'affoles et pars à ma recherche. Tu me rattrapes enfin et alors tu me gifles de toute ta peur.

 Ta peur de me perdre.

 Seule gifle dont je me souvienne, venant de toi. Revenus à la plage, tu m'expliqueras le danger.

 Pour la forme, je pleurniche un peu, pour les autres. Sur le chemin du retour tu serres fort ma main. Toi, mon père.

 Le lendemain, une personne âgée décède à table?

 Tu dis plus tard : Une belle mort, il ne s'est pas vu partir.

 A toi il reste à peine deux mois.

 Le présent est une prison où tu ne peux demeurer. Il faut que tu te propulses au-delà. Tu te débats. Et tu te cognes aux murs.

 Où cours-tu toujours impatiente ? Au-devant de quel futur qui enfin t'apaiserait ? Loin du passé, plutôt, dont tu ne retiens que le malheur.

 Enclose. ma mère que nul n'a émerveillée. Tu voudrais que ça défile à toute vitesse, tu voudrais sans cesse être à l'étape suivante. Peut-être quelque chose en toi sait que là-bas, tout au bout de ta vie, la maladie enfin te délivrera. Du malheur. De la hâte. Et du temps.

 Alors rien ne t'atteindra plus. Pour toujours souriante. Pour deux ans et demi. Car cela durera deux ans et demi. mais tu ne compteras plus les jours. C'est moi alors qui les compterai.

 T y seras enfin. Au but.

 Le dimanche, on va à la campagne. On peut prendre des chemins qui mènent à des ruisseaux glacés, cachent des fraises qu'on traque sous le couvert et des baies sucrées dont tu m'apprends les noms.

 La ville, voilà l'univers de demain.

 Tes yeux brillent autant que les miens devant les vitrines qui s'animent.

 Toutes sortes d'automates électriques nous épatent, ça bouge, des passants s'arrêtent devant les téléviseurs qui après avoir marié la reine d'Angleterre convoquent la planète entière en vitrine sur leurs écrans.

 Chaque jour le quotidien accueille de nouveaux vocables dont tu m'expliques le contenu : "électronique", "transistors", "spoutnik", le progrès est en marche, il a pris le pas de course et tu veux le suivre au plus près.

 Chez nous une cuisinière à gaz d'abord remplacera l'antique fourneau. Puis un frigidaire.

 Pas de voiture, pour nous le train est gratuit, pas de télévision non plus, tu as du travail le soir, mais parfois nous allons tous ensemble la regarder chez les voisins.

 Oui, le progrès est en marche et tu en es toi aussi l'acteur.

 L'autre grand-père est parti peu de temps après l'ange. A la mort d'un enfant les vieux disent souvent pourquoi pas moi à sa place.

 Parfois ils le pensent, et lui il le pensa si fort peut-être qu'il partit, comme pour prémunir l'autre petit-fils du même sort.

 Quelque chose de l'enfance n'avait jamais quitté ses yeux au regard doux, ce devait être un grand-père comme on en voit dans les livres, on l'aurait bien aimé.

 Tu passes tes journées à tricoter des chaussettes, ton jeu à quatre aiguilles les tire du néant d'un écheveau de laine rêche ou de coton mercerisé. la forme est là tout de suite, qui apparaît sous le rythme vif de tes gestes infimes, on pourrait croire à un tremblement de tes doigts.

 J'entends cliqueter les aiguilles fines par-dessus Zappy Max qui dans le Ducretet Thomson s'égosille.

 Tu vois dans les nuages défiler des bribes de souvenirs, tu hoches sans parler la tête, on ne dit pas à voix haute ces choses-là.

 Mais tu songes à la ville où tu es venue il y a si longtemps, ayant tourné hardiment le dos à tout avenir paysan, car ces deux mots accolés ne prenaient sens pour toi que dans la fuite.

 Tu songes à ton grand-père qui à chaque naissance s'en allait déclarer sous le même prénom les filles qui luyi venaient, car toutes ces femelles au fond ne comptaient pas, elles ne lui traceraient pas de lignée, ne se feraient jamais de bras d'hommes, et alors il oubliait avec l'alcool celui que sa femme avait choisi.

 Des hordes de Marie, le prénom premier, s'alignaient ainsi à l'état civil, le bougre qui savait écrire ayant lui aussi bien compati à ce nouveau déboire...

 Enfin il te vient, maintenant que tu en es au terme, quelques pensées vagues à propos du peu de la vie.

 Et tout à coup tu te retournes vers nous triomphante, tu dis : "Ca y est le voilà", parce que mon frère revient de l'école et qu'aujourd'hui il n'a pas de retard.

 A quinze ans, on m'offre Brigitte jeune fille, livre initial d'une longue saga où la plume de Berthe Bernage me montre les images lisses d'une classe vers laquelle l'ascenseur social à coup sûr me hissera.

  Je tombe amoureuse de quelqu'un que je ne connais pas. Un jour il n'est plus seul. Je m'aperçois par la vitre du bus. Il va à pied avec à son bras une femme bien plus vieille que je connais de vue. C'est une vendeuse de Monoprix. Celle du rayon parfumerie. Ils ricanent et elle colle à tout instant ses lèvres nacrées sur les siennes et contre lui une chair abondante, trop de chair comme je n'ai pas.

 C'est fini. Je l'abandonne sans qu'il s'en doute, sans qu'il soupçonne même que je l'avais choisi. Cette année-là, comme les précédentes, malgré ma hâte d'être plus vieille, le temps piétine.

 A la rentrée j'apprendrai sa mort. une noyade, mort de vacances, d'été, mort insouciante et qui me stupéfie.

 La mort prendrait les jeunes gens ?

 Quelques années plus tard, c'est la mort d'une amie. Avec elle, puisque j'ai presque son âge, une idée fait son chemin : la mort qui s'acharne si souvent autour de moi pourrait bien être aussi mon lot...

 Mon amie ? Elle s'était proposée pour aller rendre, toujours avec son fiancé, costumes et perruques de la pièce de théâtre, et c'est au retour, à ce que dit plus tard le fiancé, que la voiture dans laquelle tous les deux riaient et chantaient à pleins poumons Capri, c'est fini, rencontra le camion d'un livreur saoul.

 Quand les voisins viennent passer la soirée, tu prépares ta spécialité : une salade de fruits, oranges et ananas. C'est moi qui verse la cuillère de rhum ambré.

 On me dit que tu es mort mais je ne le crois pas toujours. Parti un matin à la pêche, tu n'en ai jamais revenu, voilà. Moi je n'ai pas vu ton cadavre parce qu'il faut que je garde une bonne image de toi, tous le disent.

 Quelque chose d'inimaginable doit te retenir loin de nous. Longtemps je cherche ton visage dans celui des hommes que je croise et qui te ressemblent un peu. J'espère mais ce n'est jamais toi. Tu ne reviens pas. Je reste seule avec les autres, sans toi dans le monde immense.

 Pourquoi, pourquoi m'as-tu abandonnée ?

 

Toi, pour te sauver, la maladie viendra. On ne le verra pas tout de suite. On s'étonnera de te voir souriante, souvent. Comme délivrée de la hâte qui toujours t'emmenait plus loin. Apaisée.

 Mais il y aura d'autres signes, et alors on nommera ton mal. Son nom m'affolera avant que j'en mesure sur toi les effets. Un chiffon dans ton cerveau fait son ménage, chasse le noir et te rend peu à peu au présent. Lavée du passé, tu acceptes chaque instant de la vie, dispose. Le désastre a vécu.

 Tu viendras vivre dans ma ville tes dernières années. Presque trois ans.

 Trois ans à devenir quelqu'un que je ne connais pas.

 Tu assisteras ébahie, au grand chambardement, à la longe glissage qui précipite par pans entiers, ta mémoire dans l'oubli.

  Ca ne dure pas. Quelques secondes, et puis tu reviens plus légère au monde, aux branches du saule qui tremblent au-dessus de ta tête, au gâteau que tu manges, appliquée et vorace. Je te tends un verre de jus de fruit et tu me souris, lumineuse.

 Tes morts sont à nouveau vivants, ou alors oubliés, sauf un, le premier, le plus petit qu'on avait cru disparu comme els autres, et qui à ton dernier instant resurgira.

 Un jour, quand le vide aura tout envahi, tu ne te lèveras plus. Deux mois endormie un sourire aux lèvres, sereine, attendant quel prince pour le grand réveil ?

 La fin ? Je pense à toi Charlotte qui a écrit ces mots qui sont depuis mon héritage, une étoile comme ça que je tente de suivre, ces mots que je connais par coeur et dont j'inscris pour finir la dernière prière.

Je vous en supplie ; faites quelque chose

apprenez un pas  ; une danse

quelque chose qui vous justifie

qui vous donne le droit

d'être habillée de votre peau de votre poil

 

apprenez à marcher et à rire

parce que ce serait trop bête

à la fin

que tant soient morts

et que vous viviez sans rien faire de votre vie.

 Charlotte Delbo

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin