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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 16:01

3ad9917b"Ce long chemin pour arriver jusqu'à toi. Morceaux choisis :

 

 Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs d'enfant, je me souviens que nous habitons Yerres, une commune voisine de Villeneuve-Saint-Georges, dont les petits pavillons de meulière débordent de chèvrefeuille et de Glycine au printemps.

 C'est même l'une des premières images qu'enregistre ma mémoire - cette beauté de la glycine dans l'odeur chaude et sucrée des pivoines et du chèvrefeuille.

 J'ai peut-être trois ans. Est-ce jour-là précisément, que j'ai ouvert les yeux sur le monde ? 

 Il se résume alors au jardin de ma grand-mère qui me semble immense et féérique avec ses grappes de fleurs mauves, ses massifs colorés, ses pommiers, son groseillier, et le sophora sous lequel on se tient à l'ombre pour le goûter.

 Félicité nous aime plus que tout et c'est sans doute pourquoi elle nous garde jalousement auprès d'elle.

 outre les promenades dans la forêt où nous allons ensemble cueillird es champignons et le muguet, nous rendons visite à sa grande amie qui tient un salon de coiffure dans l'avenue comemrçante;

Cette femme est voyante à ses heures perdues et selon ses proféties, il semble que toutes les planètes se soient donné rendez-vous au-dessus de ma tête pour faire de moi un enfant bénie, une enfant chanceuse. Félicité abonde :

- Ah ! s'exclame-t-elle, je le savais ! Je le savais !

 Et dans ces moments d'euphorie son visage sombre, fermé et têtu, s'illumine soudain, comme touché par la grâce.

- Cette petite, dit un jour la coiffeuse, elle aura la toison d'or !

 Qu'espérer de plus que la "toison d'or" ? Rien sûrement, puisque par la suite ma grand-mère me rpétera inlassablement :

- Ma chérie, n'oublie pas que tu as la toison d'or.

 Elle ne doute pas une seconde que j'aurai un destin flamboyant et, aujourd'hui, avec le recul, je devine combien la confiance qu'elle met en moi a dû m'aider à prendre de l'assurance, à grandir.

 Parce que ce ne sont pas les visites de notre mère qui y ont beaucoup contribué.

 Elle arrive le jeudi en fin de matinée par l'autocar et je n'ai pas le souvenir de ce que nous racontons durant le déjeuner, masi ensuite nous sortons faire le tour du jardin et là maman s'enquiert de nos progrès. Alain a plutôt de bonnes notes à l'école, et moi je lis maintenant La semaine de Suzette sans buter sur aucun mot.

 Le dimanche, c'est au tour de notre père de nous rendre visite. Il arrive au volant d'une petite Simca qu'il a surnommé "Titine", aussi entreprenant et joyeux que notre mère est réservée.

 Pourtant, il lui faut affronter Félicité qui ne l'aime pas, qui n'aime aucun homme en vérité, les classant en deux catégories : les cons et les salauds.

 Notre père fait partie des premiers, aux yeux de notre grand-mère, pour n'avoir pas su retenir sa femme, notre mère.

 Lorsqu'il s'en va, il y a soudain comme un voile de tristesse qui obscurcit notre ciel, l'ombre de son propre chagrin, me dis-je aujourd'hui, sachant combient il a souffert du départ de notre mère, mais en ce temps-là je ne mets pas de mots sur cette espèce de mélancolie qui me serre le coeur à l'instant où nous agitons la main, tandis que Titine disparaît en cahotant au coin de notre rue et que nous l'entendons encore pétarader dans la grande descente.

 Quand j'ai perdu mon père, le choc a été d'une violence inouï.

Je me revois cette nuit-là, sanglotant, éperdue de chagrin, incapable de surmonter l'idée que plus jamais, plus jamais, je ne croiserais le regard de mon père, ne tiendrais sa main.

Heureusement j'ai croisé Mme saint-Maurice.

 Cinquante ans après, je n'ai rien oublié de ce qu'elle m'a dit ce matin-là : "Les vivants ferment les yeux des morts, Marie-christine, mais ce sont les morts qui ouvrent les yeux des vivants." 

 Par sa mort, par le chagrin de sa mort, papa m'ouvrait une fenêtre sur l'au-delà. Il me contraignait à lever les yeux des plaisirs insouciants et ardents de la terre pour scruter les ténèbres, et il illuminait ces ténèbres d'une lumière dont on pouvait fort bien se détourner, mais qui nous élevait, nous enrichissait infiniment, si nous trouvions la force de contempler ce qu'elle nous donnait à voir.

"Je ne suis aps mort, j'ai seulement changé d'espace, écrit Michel-Ange dans un de ses Sonnets, je marche à travers vos rêves, là où, touchés par la métamorphose, nous demeurons unis. Vous me croyez mort mais je continue à vivre dans le cour de ceux qu m'aiment. Non, je je ne suis aps parti, l'immortalité m'a délivré de la mort."

"Et c'est une chance immense, me confie Mme Saint-Maurice, de tenir la main de quelqu'un qui est lui-même dans cet autre espace, invisible, et cependant bien vivant, enfin délivré de la mort, car il va désormais guider tes pas."

 la mort est une terrible épreuve, mais la mort n'es pas l'anéantissement de l'être aimé, le croire reviendrait à effacer la force et la beauté de tout ce que nous avons vécu ensemble. commec ette relation continue d'exister secrètement en nous, nous ne devons jamais oublier que l'autre est bien là, qui nous aime et nous regarde, et nous devons nous montrer à la hauteur de ce que nous avons partagé avec lui au fil des années. Se dire que s'il revenait, il faudrait qu'il nous trouve meilleurs, encore plus digne d'être aimé que lorsqu'il a disparu.

 

Vadim.

 J'allais avoir quarante ans et je me croyais trop vieille pour l'amour. Puis Vadim est arrivé.

Ce n'est pas seulement qu'il est beau, c'est aussi que dès qu'il ouvre la bouche on tombe sous son charme. Il est tout ce que j'attends d'un homme : intelligent, sensible, cultivé, drôle... Un humour invraisablable, l'air de ne pas y toucher, à la fois raffiné et bon.

 Je m'arrange pour me rapprocher de lui aux repas. Est-ce que je pense déjà, si tôt, q'il est l'homme de ma vie ?  En tout cas, j'en ai l'intuition, attirée par lui comme apr un aimant.

Mais au début je ne aprvenais pas à croire qu'un tel homme, un tel "miracle" puisse m'être destiné.

 Qu'avais-je en moi de si exceptionnel pour le mériter ? Non, j'exagère, car dès le troisième jour je vois bien que je ne lui suis pas indifférente. Mais je sais que je suis prête à tout donner à l'home que m'envoie le ciel.

 Alors je ne sais pas si je lui fait le même effet, mais sa présence si proche me fait aussitôt bondir le coeur, je crois que dans ces moments-là je ne m'appartiens plus vraiment, à la fois tremblante et prête à toutes les audaces.

 Le dernier jour arrive, que va-t-il se passer ? Il me semble que nous sommes reliés l'un à l'autre par un fil, mais en même temps rien n'a été dit. Allons-nous nous séparer sur le quai de gare ? "Non, c'est impossible, me dis-je. Je ne me le aprdonnerai jamais et je ne m'en remettrai pas, de toute façon."

 C'est ce qui me donne la force d'oser cette chose invraisemblable alors que nous sommes en train de nous écharper gentiment pour désigner le lauréat du festival :

 Je prends une feuille blanche sur le eptit tas qui est devant moi, et j'écris :

"A Roger Vadim : êtes-vous obliger de rentrer directement à Paris demain ?

Si oui : tant pis !

Si non : pourriez-vous m'accompagner à Agen où je dois rejoindre ma tournée de théâtre ?

Rayez la mention inutile et renvoyez-moi le papier."

 Je plie la feuille en huit et je la lui fias passer discrètement. J'aperçois les regards autour de nous : ici et là on pense que je suis en train de tricher, mais je m'en fiche.

 Trente secondes plus tard, la feuille me revient :

"Oui ! oui ! Je vous accompagne !"

La suite ? Nous sommes seuls pour la première fois et pourtant nous ne nous jetons pas l'un sur l'autre. Non, on dirait que nous avons conscience, dès à présent, d'avoir l'éternité devant nous.

J'ai conscience d'assister au basculement de ma vie. au fil des heures, j'ai ouvert grand la porte à cet homme, et bientôt nous allons dîner en tête à tête, avant de nous retrouver dans la même chambre...

 J'ai 44 ans, Vadim en a 60, et il me semble que je renais à la vie, que tout recommence. MonDieu, comme ma vie avec Michel me smeble loin, soudain, et fanée, ennuyeuse... Michel qui m'aime, qui m'a tout donné, l'amour, ja sécurité, la quiétude familiale pour élever mes enfants, et que je suis en train de trahir, le sourire aux lèvres, emportée par une passion dont je devine qu'elle va tout emporter sur son passage...

 L'amour est cruel, assassin, et cependant, je ne peux aps m'empêcher de sourire...

 Déjà je cherche les mots que je vais devoir employer pour ménager Michel. "mais rien ne presse", me dis-je encore, consciente du mal que je vais lui faire...

 D'ailleurs nous arrivons à Langon, et j'oublie aussitôt Michel pour revenir à Vadim, à l'ivresse délicieuse du moment, à l'excitation qui nous tient en haleine depuis le matin.

Ensuite, je rejoins Michel et tous nos enfants à Ménerbes. j'ai conscience de vivre mon dernier Noël avec Michel, dans cette ambiance sereine et joyeuse qui aura permis aux enfants de bien grandir, et cependant je ne regrette rien, je ne suis aps triste. Je sais parfaitement où je vais, sûre de mon amour pour Vadim, et acceptant déjà d'en payer le prix, quelqu'il soit.

 Puis son tournage au zaïre est notre première véritable séparation. jusqu'ici, il ne s'écoulait pas un jour sans que nous nous parlions au téléphone. Cette fois, c'est impossible. Et je craque. J'écris :

"Je n'imaginais pas à quel point cette épreuve serait pénible. Je me croyais plus forte que je ne le suis. Moins amoureuse ? Oh non ! Mais je me disais que les chosesmatérielles n'étaient que secondaires à côté de l'essentiel, et l'essentiel, j'en étais sûre, étais que je garderais en moi, que tu me garderais en toi. Mais tout n'est pas si facile. Toi, tu me manques affreusement. mais ta voix, mais tes mots, n'avoir rien de toi est trop dur.

 Dans le silence qui nous réunit, j'ai quelquefois des images affolantes qui m'envahissent. Peut-être m'oublie-t-il ? Peut-être ne m'aime-t-il plus ? Peut-être commence-t-il à regarder autour de lui les babouines avec désir ?

Oh non, mon amour, pas ça !

 Je me réveille avec toi, je me couche avec toi. je joue, tu es sur scène avec moi tous les soirs, je aprle aux gens de toi sans qu'ils s'en aperçoivent. J'ai envie de pleurer souvent, et puis soudain de rire et d'éclater de joie parce que j'ai la certitude que tu existes, que tes bras me recevront bientôt, que ton regard me fera fondre, que ta présence me guérira de toutes mes maladies. Et j'en ai beaucoup quand tu es loin.

 Un an déjà.

 Et nous n'avons pas vu passer le temps. Au lieu de ses consummer, de s'épuiser à l'épreuve du quotidien, mon histoire avec Vadim n'a pas cessé de me transporter, de m'élever, m'enflammant le coeur et l'âme et me faisant reconsidérer toute ma vie à la lumière d'un amour que je n'avais jamais connu jusqu'à présent.

 Qui est donc cet homme et de quoi est faite notre relation, notre attirance mutuelle pour que je puisse envisager non seulement de bouleverser toute ma vie pour lui, mais de m'installer avec lui ?

 Et comment fait-il pour faire de chaque jour une fête ? Je ne me pose pas la question. Je me laisse éblouir, étourdir par son inventivité. on diraît que plus je me rapproche, plus il s'enflamme, au contraire de ces hommes qui, la conquête achevée, s'endorment petit à petit, laissant se déliter les beaux sentiments qu'ils avaient su éveiller.

 Invraisemblable Vadim qui, même dans la vie courante, parvient à transformer la petite tuile qui vous plombe la journée en une espèce de kermesse, ou de garden-party.

 Un jour il perd son trousseau de clés (Vadim perd tout, ses clés, son argent, ses gants, ses lunettes, mais curieusement jamais sa distracion - son icorrigible distraction - ne m'agacera).

Au bout d'une heure, entend-on partout d'un bout à l'autre de la rue : "Vadim a perdu ses clés", "Vadim a perdu ses clés"

- Alors j'appelle les pompiers ! tranche le charcutier, qui prend l'affaire en main.

A la fin, on se congratule, le cafetier du coin veut offrir sa tournée tandis que les pompiers sortent l'échelle... et quand enfinil est dans la place et salue, la foule applaudit.

 Après ça, il paie une tournée à tout le quartier.

 Mais je ne retombe pas sur terre et avant de m'envoler pour je ne sais où j'ai le temps de lui écrire ces quelques mots :

"Je suis prise - et je suis là, en face de toi, consentante - que dis-je consentante : ouverte, désirante, nue...

 "Depuis que je t'ai rencontré il y a comme une peur en moi - et j'aime cette peur - elle me relie à toi - c'est elle qui m'empêche de dormir, elle est comme le cheval une fois entré dans la ville de troie - et moi je me sens, je me sens envahie - c'est le bonheur absolu et la souffarnce absolue - c'est la vie même."

 Et c'est ce matin-là alors que je ne lui ai pas donné la lettre, debout devant nos cafés, quelques minutes avant de nous séparer, qu'il me fait cette déclaration impossible : "Moi, quand j'aime une femme, je veux tout partager avec elle. Je veux les bonnes choses et les moins bonnes. Je veux tout. Je veux m'occuper d'elle chaque jour. Je veux faire de la vie à deux une fête quotidienne.

 Mais moi j'ai toujours distingué la passion de ma vie de couple, de ma vie de tous les jours, et je n'attends pas de mon amant qu'il m'apporte la sécurité, au contraire, j'aime la clandestinité et l'improvisation qui entourent l'ivresse amoureuse."

  De notre premier printemps, je conserve le souvenir incandescent de rencontres clandestines entre deux avions, de moments volés au temps qui semble filer soudain de plus en plus vite, de nuits d'amour dans des hôtels à peine entrevus d'où nous échappons au matin pour courir chacun vers notre destin, épuisés mais le coeur en feu, encore essouflés de tant d'amour, de tant de bonheur, et nous demandant déjà dans quelle ville nous nous retrouverons la prochaine fois. 

Il est d'un côté, moi de l'autre. Et j'adore vivre comme ça, un oeil sur mon agenda, l'autre sur les horaires des avions ou des trains, calculant à toute allure si je ne peux pas être la nuit à Rome, et à dix heures le lendemain matin de nouvau sur mon tournage. "Oh ! mon Dieu, oui, à condition d'attraper cet avion... Pourvu qu'il reste une place !..."

 Je me souviens de mon excitation, apprenant que Vadim aura toute une journée de libre, à Rome, et de la négociation que j'engage aussitôt avec le premier assistant pour m'enfuir au milieu de l'après-midi et revenir le surlendemain.

 Conversation de marchands de tapis dont je sors toujours gagnante, comme si l'amour avait cette vertu mystérieuse de lever tous les obstacles.

 Puis nos obligations nous empêchent de nous voir pendant six semaines. Nous passons alors nos soirées au téléphone. Il m'appelle "Z'yeux bleus", je lui réponds "mon amour". 3Je suis fou de toi, heureux de toi, tu es une femme unique", souffle-t-il. Il trouve des mots, en invente aussi, parfois, et moi je l'écoute, abasourdie de me découvrir amoureuse, de plus en plus amoureuse.

 Et je ne me lasse quand je le retrouve de l'écouter, de le regarder, de l'embrasser. Et il est vrai qu'on a le sentiment que l'éternité ne nous suffirait pas.

"J'aimerais avoir une vision de nous dans cinq ans pour être bien certaine que nous serons toujours dans ce même éblouissement."

 "Onze semaines et trois jours", me dis-je. Et c'est ce jour-là que je prends conscience de cette chose bizarre qui ne va plus me lâcher durant nos douze années de vie commune : ma capacité à comptabiliser au jour près le temps que nous avons déjà partagé.

 Lorsqu'on me demandera à l'improviste : "Tu le connais depuis quand Vadim ?" Je m'entendrais chaque fois rétorquer du tact au tac : "Cinq ans, trois mois et vingt-quatre jours", ou : "Six ans, un mois et huit jours", comme si un petit déliurge, perché quelque part au dessus de ma tête et tenant à jour les comptes me soufflait la réponse.

 Ais-je l'intuition que le temps nous est infiniment précieux, et j'allais écrire décompté ?

 Oui, sans doute, puisque aucun homme ne m'avait jamais donné ce sentiment d'urgence. 

J'avais toujours pensé u'on ne pouvait pas allier l'amour fou avec la vie de tous les jours, et Vadim me fait découvrir qu'une telle chose est possible. On peut donc être amriés et demeurer amants ; vivre sous le même toit et être impatients de s'aimer, de s'étreindre.

- Mais pourquoi mets-tu un timbre, mon amour ?

- Parce qu'une lettre non timbrée n'est pas une vraie lettre.

"Je vais monter les dix-neuf marches de l'escalier, me glisser dans le lit,é couter ta chaleur, toucher ta cheville ou ton épaule. Et si je ne meurs aps au matin...

 J'ai passé les années d'enfance et d'adulte à m'accrocher à la nuit, à souffrir de quitter le monde du rêve. Le réveil, c'était mon enfer quotidien. Je n'ai pas le souvenir d'un visage de mère penché sur moi. Dpuis que je t'aime, tout à changé. Je passe du rêve à la vie sans douleur. Chaque lever du jour est une expérience heureuse. Je m'éveille et découvre un regard attendri, des cheveux embrouillés de nuit, un sourire discret qui est le rire de la terre.

 Et tu verses la goutte d'huile qui permet au moteur de repartir."

 Une lettre : "Marie-Christine,

"Dès que tu as été sécurisée, tu ne m'as plus écrit. pas une lettre, pas un mot. les hommes ety les femmes écrivent quand ils sont inquiets, quand ils veulent gagner ou garder. Ensuite, sécurisés, ils oublient. Tu ne m'as plus écrit parce que tu sais que je t'aime. Moi je laisse des lettres sur la table de nuit pour le meilleur ou pour le pire."

 

 C'est le miracle de notre rencontre, après tant de désillusions, qui explique aussi l'ardeur et l'exigence que déploie Vadim pour élever sans cesse notre histoire, la maintenir sur les cimes, et ne rien céder.

 

 Mais enfants ne me pardonnent pas d'avoir quitté un homme qu'ils aiment profondément et qui est associé à leurs plus beaux souvenirs d'enfants et d'adolescents. Ils ne s'expliquent pas que je puisse abandonner Michel qui possède, en effet, toutes les qualités dont une femme puisse rêver chez un homme.

 Beaucoup de mes amis et proches partagent cette réserve à l'égard de Vadim. J'ai le souvenir de réflexions assassines quand j'annonce petit à eptit aux uns et aux autres que je me suis séparée de Michel Boisrond pour m'installer avec Vadim. "Mais tu es complètement folle ! Qu'est-ce que tu vas foutre avec ce type ? C'est rien du tout ce mec. C'est un don Juan, un destructeur, regarde ce qu'il fait des femmes qu'il a soi-disant aimées..." Je trouve épouvantable, connaissant Vadim, d'entendre de telles horreurs, de tels mensonges. mais comment les convaincre qu'ils se trompent ?

 C'est Geneviève qui m'appelle un jour après avoir eu longuement une conversation avec Michel.

- Mais comment peux-tu lui faire une chise pareille ! s'exclame-t-elle. Tu ne penses donc qu'à ton cul ! Qu'est-ce que c'est ce Vadim ? Un sauteur, un type à femmes... C'est nul ! Réfléchis une minute avant de tout envoyer balader.

- Il n'en est pas question, je ne veux pas le rencontrer, je ne veux même pas en entendre parler.

 Mais quelques semaines plus tard, la tempête passée, elle accepte de venir dîner avec nous. Et elle tombe amoureuse de Vadim...

"Comment va mon amour ?" s'enquiert-elle par la suite chaque fois que nous parlons au téléphone.

 

 Le mariage. C'est lui qui lance le premier l'idée, dans ce petit mot envoyé d''orly, ce petit mot que j'ai longtemps gardé sur mon bureau :

"Orly. Barouchka, j'ai beaucoup lu, j'ai pas mal vécu, je n'avais jamais connu la bonne aorthographe du mot amour avant de t'avoir rencontrée. l'orthographe du mot bonheur est en prime. si on s'épousait ?"

 Après tous ces mariages ratés, j'ai l'intuition que le nôtre, venant après tant de désillusions - et parce que ces désillusions nous ont énormément appris sur l'amour -, que le nôtre, donc, sera une réussite.

 Et là, à un moment, et comme apr miracle, nous nous retrouvons seuls dans u petit salon. Vadim me prend dans ses bras, et c'est alors que me revient à l'esprit cette phrase que Robert Bresson fait dire à son éhros à la fin de Pickpocket :

- Mon amour, quel long chemin il m'a fallu parcourir pour arriver jusqu'à toi !

Et Vadim :

- Ila fallu que nous nous perdions pour nous trouver. pourquoi la vie a-t-elle été si cruelle ?

- La vie n'est pas cruelle, mon chéri. Je crois simplement qu'elle donne beaucoup à ceux qui risquent beaucoup. Et nous avons beaucoup risqué.


 De Vadim, j'aime son autonomie, et la facilité avec laquelle il tisse sa toile, quelque soit l'endroit où on l'installe. Après une semaine, tout le quartier le reconnaît, il a toute une bande d'amis et ason immense curiosité pour les gens, et cette bienveillance qui lui est naturelle, font merveille. On l'aime parce qu'il sait écouter, et que son attention est sincère. Je le vois bien lorsque nous nous retrouvons le soir pour dîner en tête à tête et qu'il me rapporte la somme d'histoires glanées dans la journée. Il n'en revient pas du destin de tel ou tel, de la beauté de la vie un jour, de sa cruauté un autre jour.

 Avec le recul, il me semble que nous sommes passés à deux doigts d'avoir un enfant, Vadim et moi. j'ai le sentiment qu'il a espéré que je le lui proposerais. Et je ne l'ai pas fait. Cela m'étonne, d'une certaine façon, car chaque fois que je me suis engagée dans une relation avec un homme, j'ai songé : "Et s'il y avait un enfant ?"

 Pour moi, un enfant a toujours été la finalité heureuse d'une histoire d'amour. Alors pourquoi n'ai-je pas proposé à Vadim, l'homme de ma vie, d'avoir un enfant ?

 En le regardant, en l'écoutant, je me dis que ce qui fait sa singularité, sa beauté, c'est sa façon d'assumer avec tant de naturel sa part de féminité. La plupart des hommes tentent de dissimuler cette féminité qui les effraie, leur fait confusément honte, peut-être, tandis que lui en semble comblé.

 A l'instant où il a rendu son dernier souffle, le lendemain, vers midi, j'ai eu le sentiment d'accoucher, de mettre au monde sa mort. J'ai pris sa main, je l'ai posée sur mon ventre, et j'ai respiré avec lui, au même rythme que lui exactement. Sa respiration a commencé à être de plus en plus hachée mais je ne l'ai pas lâché, je l'ai accompagné. C'était tragique, oui bien sûr mais nous n'étions pas dans l'émotion, le chagrin viendrait plus tard, pour le moment nous étions dans l'action, dans quelque chose de très charnel. 

 Nous étions dans l'acte de mourir, nous étions à l'oeuvre, comme à l'instant où nous mettons au monde, sachant combien les sentiments seraient forts, mais après, plus tard, quand l'urgence serait passée et que tout serait fini.

 Je l'ai accompagné jusqu'au bout et là nous avons coupé le cordon, nous nous sommes séparés : lui entrant dans cette partie mystérieuse de notre destin, moi demeurant sur terre. Infiniment seule brusquement.

 C'est effrayant, le moment où il n'y a plus de respiration de l'autre côté, le moment où il y en a un des deux qui s'arrête, qui n'es plus là.

 C'est effrayant le bruit que fait son silence, soudain.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin