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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 20:30

c2hg6do9"Tignes, mon village englouti.

 

 L'heure de la rentrée en classe est annoncée tous les matins à huit heures moins dix, et tous les après-midi à une heure moins dix.

 Pour ma première rentrée scolaire, on m'a acheté un pantalon de drap et une veste dont je suis très fier car j'ai vraiment l'impression d'être habillé comme un petit monsieur.

 Les filles, elles, doivent porter un tablier sur leur robe. Nous n'avons pas de cartable et nous portons sous le bras notre ardoise, notre cahier, notre alphabet et notre beau plumier en bois avec une gomme et deux crayons, un rouge et un bleu, plus celui réservé à l'ardoise.

 Quand une abondante couche de neige est tombée pendant la nuit, nous mettons nos moletières avant de prendre le chemin de l'école.

 Ce sont des bandes de drap que l'on noue avec un grand lacet autour du mollet, en prenant bien soin de couvrir le haut des galoches pour que la neige n'y pénètre pas.

 Si elles sont mal fixées, nous arrivons les chaussettes trempées et les pieds gelés dans la salle de classe, avec rhume assuré le lendemain.

 Le maître ou la maîtresse nous permet de nous installer quelques minutes devant le poêle pour nous réchauffer et nous faire sécher les pieds.

 Malgré notre grand poêle, la salle de classe est souvent froide le matin et l'encre gèle dans les encriers. Nous les posons alors sur la plaque chauffante et, avec nos plumes Sergent-Major, nous brassons la pâte épaisse jusqu'à ce qu'elle devienne liquide.

 Hélas, ces quelques minutes de récréation supplémentaires prennent fin trop vite. Dès qu'il juge que ses petits élèves et leurs encre sont suffisamment réchauffés, l'instituteur claque dans ses mains et nous rejoignons notre pupitre de bois.

 Au mur sont accrochées deux cartes de France : l'une de géographie, où l'on voit les montagnes, les fleuves, les côtes et les estuaires.

 C'est celle que je préfère.

 L'autre est administrative avec les départements, les préfectures et sous-préfectures que l'on doit connaître par coeur.

 Chaque jour, sur le tableau noir, le maître calligraphie soigneusement la date et une leçon de morale ou d'instruction civique.

 Sur le buffet est posée une balance Roberval avec ses beaux poids en cuivre qui vont de dix grammes à un kilo.

 

 Au printemps 1927, j'ai souffert d'une grave bronchite qui faillit m'être fatale.

 Mais je garde un doux souvenir de cette longue convalescence, qui m'a permis d'avoir ma mère tout le temps auprès de moi, comme un fils unique.

 Elle me soignait dans la chambre chaude de la maison. J'eus droit aux ventouses - ce qui n'était pas trop terrible - mais surtout à ces épouvantables cataplasmes de farine de moutarde et de lin qui, lorsque la proportion de moutarde est trop forte, piquent les yeux et laissent le torse tout endolori.

 On essaya aussi la "mouche de milan", un emplâtre à base de poix qui creusait des marques profondes et douloureuses dans la peau.

 

 Au retour à l'école, l'instituteur m'interrogea et je lui récitai, à sa demande, Le Corbeau et le Renard ainsi que La cigale et la fourmi.

 Il me félicita.

 

 Mais mon point fort, c'était le catéchisme. Là, j'étais toujours le premier !

 Pour rien au monde je n'aurais manqué les leçons de l'abbé Pierre-Joseph Richermoz. C'était un prêcheur extraordinaire. Il nous captivait avec ses récits de l'Ancien testament, le voyage de Tobie, le livre de Job, les patriarches Isaac et Jacob, et avec les paraboles du Christ.

 Les prières, nous les connaissions toutes par coeur car, dès l'âge de cinq ans, nous les récitions en famille chaque soir avant le souper.

 Notre curé était terrible, il s'était lassé des Jean-Marie, Joseph-Marie ou Marie-Josèphe qui peuplaient la commune et ne permettaient plus de distinguer les habitants les uns des autres - car les noms de famille eux-mêmes étaient peu nombreux.

 Avec les Reymond, les Boch, les Duch, les Favre et les Revial, on avait un échantillon presque complet des familles tignardes. Aussi choisit-il dans le calendrier des prénoms plus exotiques : Eusèbe, Théodule, Omer, Aubry...

 Mais c'est surtout lorsqu'il établissait les cartes d'identité que Fonsé de Gallina se montrait le plus fantaisiste. Dans la rubrique "signes aprticuliers", il précisait : oreilles développées, yeux de fouine, teint basané, nez lumineux, mont chauve, lapin de sucre - et personne ne se permit de protester, de crainte d'être encore moins bien traité la fois d'après !

 Pâques marquait pour nous l'arrivée du printemps. Au retour de l'église, à la maison, le pot-au feu, qui avait mijoté pendant des heures dans la marmite de fonte, attendait la famille.

 La plus belle fête de l'été était la Fête-Dieu. Elle avait lieu fin juin, à un moment où le village se reposait un peu des travaux des champs. Les bêtes étaient à l'alpage, l'orge et l'avoine verdoyaient sous le soleil, les fanes de pommes de terre grandissaient et les prés éclataient des gentianes, des violettes, des boutons d'or ou des marguerites.

 Torett, après avoir été pendant des années chauffeur de taxi à Paris, avait rejoint son village natal à la fin des années trente. Mais de son séjour à la capitale, il avait gardé des idées communistes et parlait du "grand soir".

 Au café de l'auberge, on l'entendait souvent s'exclamer : "Vive Blum !", "Les soviets partout !", "Esquinter Taittinger, raccourcir Casimir !", ou encore : "Douze balles pour Laval !"

 Pour le jour de la Fête-Dieu, ce célibataire fleurissait sa maison des Chartreux avec le même soin que ses voisins. Mais en guise d'images pieuses, c'étaient les portraits agrandis de Staline, Thorez et Duclos que Torett' avait fixés aux murs.

 

 Décembre s'avançait. Les femmes nettoyaient l'église, briquaient les grands chandeliers de cuivre et disposaient, sur toutes les corniches des piliers, des rangées de petites bougies reliées entre elles par une mèche, pour qu'elles s'allument toutes en même temps. 

 En général, ça ratait, et il fallait recommencer. Dans un coin de l'église, une grande provision de bois était préparée pour nourrir le feu pendant la messe de minuit.

 Enfin, la grande nuit arrive.

 A onze heures, elle nous tire d'un doux sommeil. Notre envie de messe est largement retombée, et il nous faut faire un énorme effort pour quitter la chaleur de nos lits-placards et revêtir le pantalon et la veste de drap, les grosses galoches, le béret et le cache-nez.

 Dehors, la bise souffle, la neige crisse sous nos pas et la lune éclaire timidement l'aiguille du Franchet.

 L'église est déjà bien pleine. Les bougies sont allumées et le fourneau, bourré de bûches, rougit sous la chaleur.

 Nous avons déjà oublié notre réveil difficile et, tout heureux, nous rejoignons les petits bancs des enfants autour du choeur, en passant devant la crèche.

 Poupou-Tchi glisse sa pièce de deux sous dans une boîte à musique surmontée d'un ange qui dit "Merci", et l'on entend les premières notes de Jouez hautbois, résonnez musettes.

 A mon tour, je glisse la mienne et nous reprenons à voix basse la mélodie des Anges dans nos campagnes.

 La grande messe commence.

 D'une voix grave et inposante, les chantres Josett' de Bedgett et Touéno de Gapartt' entonnent le Minuit Chrétien. Le curé nous parle de la naissance de Jésus dans une étable.

 Après Il est né le divin enfant et Douce nuit, sainte nuit, Lo Moutch préposé à la surveillance des enfants, nous donne le signal de départ.

 Nous rejoignons en famille notre maison, en chantonnant encore ses derneirs airs.

Mène ajoute quelques petits bois dans le fourneau et fait chauffer le chocolat, qui sera notre réveillon.

 Le père est allé jusqu'à Sainte-Foy pour nous ramener des brioches que nous trempons voluptueusement dans notre bol.

 Puis Poupou-Tchi et moi, nous courons poser nos galoches au pied de la cheminée de suy qui est plus grande et permettra plus facilement au père-Noël de descendre.

 Nous inspectons avec angoisse le conduit pour nous assurer qu'il n'est pas bouché. 

 Le lendemain matin, émerveillés, nous découvrirons une crèche miniature accompagnée d'une lettre précisant qu'elle est bien pour tous les deux, et, dans nos galoches, trois oranges et trois papillotes en chocolat.

 

 Chez nous, la tradition était d'affubler les bêtes des noms de personnalités célèbres. Nous avions eu ainsi deux tarillons baptisés Trotski et Lénine.

 Comme ce dernier, beaucoup plus vigoureux que Trotski, passait son temps à engrosser les vaches et nous augmentait bravement notre cheptel, nous chantions à son sujet la célèbre ritournelle des communistes : "Ah le brave Lénine, le brave Lénine, qui nous a sauvés de la famine..."

 

 Il fait encore jour. Djanetta a sorti son harmonica et joue La Paimpolaise, La Montferina, La piemontesina. On se raconte aussi l'histoire d'une "emmontagnée" restée célèbre dans les annales des relations tumultueuses entre Tignards et Avallins.

 Et c'est déjà la fin.

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin