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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 19:35

café"Mon enfance est une boîte pleine de souvenirs.

 

 C'était un merveilleux dimanche. Mon grand-père venait d'acheter une voiture, il était si fier. Il disait "mon auto", comme il aurait pu dire "mon fils". Avoir une voiture signifiait réussir sa vie. Il proposa à toute la famille une promenade en forêt. Ma grand-mère prépara de quoi faire un "pique-nique". Et ce mot-là aussi, "pique-nique" sonnait d'une manière si magique. Il roula doucement, sa femme à sa droite et ses trois garçons tassés sur la banquette arrière. Ils auraient pu aller jusqu'à la mer, et la lune même paraissait atteignable. Il trouva un joli coin de forêt, près d'un lac. Le soleil passait entre les branches des arbres, donnant à la vision du jour comme l'éclat d'un verre.

 

 Tout le monde avait faim. Mon grand-père avala une première bouchée, et ce fut comme une accélération du bonheur. Il aimait le pain, il aimait le jambon, mais sa femme avait pris soin d'ajouter une mayonnaise maison divine. cette mayonnaise surpassait tout, cette mayonnaise cristallisait la beauté de son plus beau souvenir.

 

 Des années plus tard, il avait demandé à sa femme : "Peux-tu refaire ta mayonnaise ?" Elle avait répondu : "Je ne me souviens plus de la recette." Mon grand-père n'acceptant pas cette réponse, y voyant sûrement bien d'avantage que l'oubli d'un ingrédient, y voyant la fin d'une époque, y voyant quelque chose de tragiquement révolu, harcela sa femme pour qu'elle reproduise la fameuse mayonnaise. Il resta des heures en cuisine avec elle, goûtant chaque tentative, s'emportant pour un zeste de citron mal venu. Rien à faire, il n'avait aucun moyen de retrouver cette forme étrange de paradis perdu.

 

 Je retrouvais par la suite ma grand-mère, pleine d'énergie et de vie. Souvent, ces conversations étaient liées aux souvenirs. Elle me parlait de sa jeunesse et de mon grand-père. J'aimais les récits de guerre, les récits de la lâcheté ordinaire, les récits qui faisaient que je l'écoutais comme un livre. Elle me racontait la vie sous l'Occupation. Il y a des passés extrêmement charismatiques qui refusent d'admettre que leur temps est révolu ; le bruit des sentinelles allemandes dans les rues fait partie de cette catégorie qui n'en finit plus. Je sens que ma grand-mère les entend encore. Elle est pour toujours cette femme terrée dans une cave, blottie contre sa mère, contrainte au silence par la peur et le bruit des bombes. Elle est cette fille effrayée de ne plus avoir de nouvelles de son père, qui songe qu'elle est peut-être orpheline à présent... Depuis, elle possédait ce que certains appellent Les carapaces de la souffrance.

 

 La suite ? Les files inouïes pour la soupe populaire. Ses parents qui ouvriraient une quincaillerie dans l'Est de la France. Pour vivre le plus loin possible du passé. Et son enfance inachevée où elle avait dû quitter les cours pour travailler. Tous les élèves étaient venus l'embrasser. Juste avant de sortir, elle s'était retournée pour voir les enfants alignés qui lui disaient au revoir de la main. Elle avait fixé cet instant dans son esprit, tout le monde était là, exactement comme pour la photo de classe. Mais elle n'était plus sur la photo. 

 

Et sur la photo, tous les visages du passé. Germaine, Baptiste, Charles, Alice pleine d'esprit comme toutes les Alice, Paulette, Paul... La simple évocation des noms avait été comme un tunnel qui conduisait à son enfance. Elle m'a parlé du caractère de chacun, de leurs histoires familiales. Toute sa vie, ensuite, elle avait vécu avec ces noms comme autant de destins inachevés. Qu'étaient-ils devenus ? Etaient-ils encore vivants ? Elle songea alors que chaque personne importante d'une vie porte en elle l'écho de l'avenir.

 

 Les autres souvenirs ? Des vestiges de fête, des parfums de femme, du champagne, la grande époque de la French Riviera, un flacon de parfum Guerlain, une réplique de la tour Eiffel, un livre de Balzac, des macarons Ladurée, la savonnette jaune de l'école incrustée dans le mur, le broc d'eau, les verres avec un chiffre à l'intérieur, le début d'une histoire - qui est la matière des souvenirs les plus précis avec les premiers baisers - , cette ballade dans Paris quand on a su qu'on allait avoir un enfant (cette promenade fait partie des dix meilleurs moments de ma vie), ces moments où je ressentais l'urgence du bonheur, le temps qui s'accélérait, ces moments où le coeur bat comme s'il voulait me dire quelque chose et la naissance des enfants. Tant de gens aiment dire que leur plus beau souvenir est celui de la naissance des enfants.

 

 Sans oublier tous ces résidents de la maison de retraite, ces hommes et ces femmes qui avaient eu des vies. Ils avaient reçus du courrier dans leur boîte aux lettres, ils avaient eu des problèmes pour trouver une place de parking, avaient couru pour ne pas arriver en retard à un rendez-vous important, qui avaient eu des peines de coeur et des moments de jouissance, qui avaient été ébahis par le premier homme sur la Lune, qui avaient arrêté de fumer de peur de mourir trop tôt, qui s'étaient brouillés puis réconciliés avec des amis, qui avaient attendus avec impatience d'être majeurs, et ainsi de suite pour arriver à aujourd'hui. Assis devant le grand téléviseur, De Funès a alors prononcé le célèbre : "But alors... you are french." Et nous avons ri comme si nous le découvrions. Ça marchait encore. Ces images sont exemptées de lassitude. Elles ne vieillissent pas. Et j'ai pensé à cette expression toute faite que pourtant j'adore : "Ce film n'a pas pris une ride." Je revois encore la réaction et le rire de ma grand-mère. Son visage est dans mes souvenirs

 

 Ses objets aussi. Ne jamais jeter ses objets, garder leur mémoire, ne pas saccagé la dimension humaine d'une fourchette ; garder cette couverture qui l'avait réchauffée pendant plusieurs hivers ; préserver la lumière de cette lampe sous laquelle elle avait lu tant de livres le soir avant de dormir. 

 

 Le bonheur se trouve au tout début de l'éveil, quand on ouvre les yeux sur notre vie, quasiment surpris d'être nous. Cet instant ressemble aux souvenirs que l'on peut avoir de son enfance, ces bribes étranges qui passent les années sans qu'on sache vraiment pourquoi. On ne sait pas pourquoi la mémoire a choisi tel moment plutôt qu'un autre. L'élection est irrationnelle : je me souviens de la couleur d'une poussette, du visage d'une nounou, de l'assassinat de John Lennon, mais il ne me reste aucune image de l'école maternelle où de périples en Espagne avec mes parents, de la mort d'un chien que j'adorais plus que tout selon les témoignages. Les autres je les ai sur le bout de la langue. Quand on a quelque chose sur le bout de la langue, c'est qu'on ne se souvient pas.

 

 Il y aurait surement un risque de se souvenir de tous les plaisirs primaires de l'enfance. Je me dis qu'on ne pourrais jamais devenir adulte si on était parasité par la conscience de ce bonheur-là. On vivrait en permanence avec une nostalgie béate complètement paralysante. J'ai partagé cette réflexion avec Mamie et c'est là qu'elle m'a dit d'une manière très belle : "A ta place, j'irai me réfugier dans un souvenir." Oui c'est ça qu'il a dit, puis il a ajouté : "J'irais dans un endroit où j'ai été heureux. C'est sûrement ce que je ferais." Quel endroit alors pour elle ? La libération de Paris ? Elle m'a dit que "ce fut une joie indescriptible". Je ne tenterai donc pas de la décrire. Le souvenir de ce sourire qui chassa le sombre. Quand cet homme qui allait devenir son mari l'embrassa ; et sur ses lèvres, il y avait le goût des jours à venir. Ils eurent des enfants dont mon mère, qui lui-même eut des enfants dont moi et la vie passa.

 

 Je me souviens de Patrick Modiano dont l'oeuvre était hantée par la seconde guerre mondiale - il éprouvait l'étrange impression d'avoir vécu cette période alors qu'il est né en 45 -, à tel point qu'on pouvait parler de mémoire d'outre-naissance. Il reprenait dans Livret de famille un si beau vers de René Char : "Vivre, c'est s'obstiner à achever un souvenir." Comme cette phrase qui me touche particulièrement tant elle fait écho à des étrangetés que je peux ressentir, et qui confère au souvenir une folie qui nous échappe : "Je n'avait que vingt ans, mais ma mémoire précédait ma naissance."

 

 Je me souviens des premières fois, les premières fois sont la suprématie des souvenirs

 

  Mon enfance est une boîte pleine de souvenirs...

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Published by Régis IGLESIAS - dans Les souvenirs de ...

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin