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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 18:28

Veau"Souvenirs d'école de Daniel Pennac.

 

J'étais un mauvais élève. Chaque soir de mon enfance, je rentrais à la maison poursuivi par l'école. Mes carnets disaient la réprobation de mes maîtres.

 C'est bien simple : quand je n'étais pas le dernier de ma classe, c'est que j'en étais l'avant-dernier.

 Champagne !

 Fermé à l'arithmétique d'abord, aux mathématiques ensuite, sans parler de l'orthographe, rétif à la mémorisation des dates et à la localisation des lieux géographiques, inapte à l'apprentissage des langues étrangères, réputé paresseux (leçons non apprises, travail non fait), je rapportais à la maison des résultats pitoyables que ne rachetaient ni la musique, ni le sport.

- Tu comprends ? Est-ce que seulement tu comprends ce que je te t'explique ?

 Je ne comprenais rien. Pire : apparemment, tout le monde comprenait plus vite que moi.

 Aussi, "Les bras m'en tombent", "Je n'en reviens pas", "Tu es complètement bouché" me sont des explications familières.

 Le fait est que je n'imprimais pas, comme disent les jeunes d'aujourd'hui et du coup, j'étais en "grande difficulté", selon l'expression consacrée. Un cancre, en somme.

 Un cancre avec les mots de cancre qui vont avec : "Je suis nul", "Je n'y arriverait jamais", "Même pas la peine d'essayer, c'est foutu d'avance", "Je vous l'avait bien dit, l'école c'est pas faite pour moi."

 Et les mots des profs : "Le troisième trimestre sera déterminant". Réaction immédiate de mon père :

- Le troisième trimestre, le troisième trimestre, ça ne l'émeut pas du tout, ce gosse, la menace du troisième trimestre, il n'a jamais eu un seul trimestre convenable !

 Il en rajoutait encore une couche :

- Le troisième trimestre... Comment voulez-vous qu'il remonte un pareil handicap en si peu de temps ! Ils savent bien que c'est un gruyère, leur troisième trimestre, avec toutes ces vacances !

- S'ils refusent le passage, cette fois je fais appel !

 Et ça dure jusqu'à la fin du mois de juin, quand il s'est avéré que le troisième trimestre a bel et bien été déterminant, qu'on n'acceptera pas le rejeton en classe supérieure, mais que voulez-vous on s'est dit que peut-être cette fois le gosse comprendrait, il s'était bien repris au troisième trimestre, si, si, je vous assure, il baisait des efforts, beaucoup moins d'absences... Ce redoublement lui fera du bien. Cool. Non, pas cool. Ce n'est pas rien une année de scolarité fichue : c'est l'éternité dans un bocal.

 J'oubliais : il y a la mère qui pleure, elle vous appelle et pleure en silence, et s'excuse de pleurer... un mélange de chagrin, d'inquiétude et de honte... "Mais qu'est-ce qu'il va devenir ?" 

 Alors que franchement, est-ce qu'il y a de quoi casser trois pattes à un canard ? Je tente une histoire drôle :

- Connaissez-vous le seul moyen de faire rire le bon Dieu ?

 Hésitation au bout du fil.

- Racontez-lui vos projets.

 En d'autres termes, pas d'affolement, rien ne se passe comme prévu, c'est la seule chose que nous apprend le futur en devenant du passé. Et pourtant, c'est toujours la même ritournelle :

- Avec des notes pareilles, qu'est-ce que tu peux espérer ?

- Tu t'imagines que tu vas passer en sixième ?

 Interdit d'avenir. J'étais une nullité scolaire et je n'avais jamais été que cela. Je traverserai cette existence sans aucun résultat. De cela, certains enfants se persuadent très vite. Et comme on ne peut pas vivre sans passion ils développent, faute de mieux, la passion de l'échec.

 Et les professeurs en rajoutent - presque toujours - une couche avec des appréciations sans espoir : "Aucun travail", "N'a rien fait, rien rendu", "En chute libre" ou plus sobrement : "Que dire ?"

 Que dire, en effet. La vérité ? Essayons : "Monsieur, madame, je n'ai pas fait mes exercices parce que j'ai passé une bonne partie de la nuit quelque part dans le cyberspace à combattre les soldats du Mal, que j'ai d'ailleurs exterminé jusqu'au dernier, vous pouvez me faire confiance." Ou... "Monsieur, madame, désolé pour ces exercices non faits mais hier soir j'ai cédé sous le poids d'une écrasante hébétude, impossible de remuer le petit doigt, juste la force de chausser mon baladeur."

 Impossible, du coup, on préfère une version plus présentable. Par exemple : "Mes parents étant divorcés, j'ai oublié mon devoir chez mon père avant de rentrer chez maman." Mieux : "J'étais occupé à lire l'énoncé quand la chaudière a explosé."

 Imparable ! En d'autres termes un mensonge. Et on commence à mentir...

- Alors, ça s'est bien passé aujourd'hui ?

- Très bien.

 Nouveau mensonge.

Qui lui demande d'être coupé d'un soupçon de vérité :

- En histoire, la prof m'a demandé 1515, j'ai répondu Marignan, elle était très contente !

(Allez ça tiendra bien jusqu'à demain.)

 On rentre alors dans une angoissante dimension où le rôle dévolu à l'imagination consiste à colmater les innombrables brèches par où peut surgir le réel sous ses aspects les plus redoutés : mensonge découvert, colère des uns, chagrin des autres, accusations, sanctions, renvoi parfois, culpabilité, humiliation : Ils ont raison, je suis nul, nul, nul.

 Je suis un nul.

 "Et vous savez et je sais que dans notre société, un adolescent installé dans la conviction de sa nullité est une proie.

 Je pense et repense à une appréciation terrible que j'ai eu sur un bulletin de cours préparatoire : "Manque de bases" On croit rêver. Autrement dit : Patate chaude.

  Chaude la patate l'est surtout pour les parents. Ils n'en finissent pas de la faire sauter d'une main dans l'autre. Les mensonges quotidiens de ce gosse les épuisent : mensonges par omission, affabulations, explications exagérément détaillées, justifications anticipées : "En fait, ce qui s'est passé..."

 Au début, les parents tiennent le coup. "Nous verrons demain,

nous verrons demain...

 Avant de craquer. Irrémédiablement. Et au diable la préservation de l'atmosphère familiale, tant pis si le dîner tourne au drame, au diable les varices, en somme. On oublie Marignan et place à la berezina scolaire.

 Autre problème sur le cancre, c'est que s'il réussit, on ne le croit jamais... Pendant sa cancrerie on l'accuse de déguiser une paresse vicieuse en lamentations commodes : "Arrêtes de nous raconter des histoires et travaille !" Et quand sa situation sociale atteste qu'il s'en es sorti on le soupçonne de se faire valoir : "Vous un ancien cancre ? Allons donc, vous vous vantez !"

 Le fait est que le bonnet d'âne se porte volontiers à posteriori. C'est même une décoration qu'on s'octroie couramment en société. Elle vous distingue de ceux dont le seul mérite fut de suivre les chemins du savoir balisé.

 Le gotha pullule d'anciens cancres héroïques. On les entend ces malins, dans les salons, sur les ondes, présenter leurs déboires scolaires comme des hauts faits de résistance. Je ne crois pas, moi, à ces paroles, que si j'y perçois l'arrière-son d'une douleur.  Car si l'on guérit parfois de la cancrerie, on ne cicatrise jamais tout à fait des blessures qu'elle nous infligea.

 

 On change de sujet. Un souvenir :

- Meu... Meu... Monsieur... Je n'arrive pas à c... à comp... Je n'arrive pas à comprendre...

- A comprendre quoi ? Qu'est-ce que tu n'arrives pas à comprendre ?

- La... proposition-subordonnée-conjonctive-de-concession-et-d'opposition !

Silence.

Ne pas rigoler.

Surtout ne pas rire.

- La proposition-subordonnée-conjonctive-de-concession-et-d'opposition ? C'est elle qui te met dans un état pareil Nathalie ?

 Elle s'appelait Nathalie - Nath ! -, et doit être aujourd'hui une jeune femme de trente-sept ans. Et mère, va savoir. D'une fille de douze ans, peut-être. Nathalie est-elle chômeuse ou satisfaite de son rôle social ? perdue de solitude ou heureuse en amour ? Femme équilibrée, maîtresse ès concessions et oppositions ? Se répand-elle en désarroi à la table familiale ou songe-t-elle bravement au moral de sa fille quand la petite franchit la porte de sa classe ?

 Il faudra que je demande à ma Mamie ce qu'elle en pense. Elle était écolière dans l'entre deux-guerres. En ce temps-là, on traitait les gosses à la dure !

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Published by Régis IGLESIAS - dans Souvenirs d'école

Livre d'or

Première affiche

 

  "MA MAMIE M'A DIT"  

Spectacle nostalgique 

 

"On nous avait promis la magie, promesse tenue : un spectacle plein de féérie de souvenirs où chacun se retrouvait. Une belle énergie. Les résidents ont adoré. Merci." Marie ("La Clairière de Luci" - Bordeaux)
 
"Formidable ! Nous sommes tous remontés dans le temps, nous avons vingt ans, on a ri, on a presque pleuré et surtout on a chanté. Merci." Cathy (Arles)
 
"Un véritable petit chef d'oeuvre" ; "La légion d'honneur pour la créativité" "Un véritable artiste" ; "Après-midi formidable" ; "Absolument parfait" ; "Une rétrospective originale" ; "Un très bon moment d'évasion". Propos recueillis à la résidence Emera d'Angoulême  
 
"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux... C'était magnifique. Nous avons revu toute notre jeunesse et notre enfance. Et c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois." Aimée et Janine
 
"Les chansons, les réclames et les anecdotes ont transporté les résidents dans leur enfance. Une après-midi de nostalgie mais aussi de chansons et de rires. Merci encore pour ce magnifique spectacle." Sandrine
 
"Spectacle complet, tellement agréable et thérapeutique pour nos personnes âgées, encore félicitations !" Docteur Souque
 
"Un choix extraordinaire de chansons, des moments magiques, des photos magnifiques, vous nous avez mis de la joie dans le coeur. Et retrouver sa jeunesse avec tous ces souvenirs, ça fait plaisir et j'espère que vous reviendrez nous voir." Mme Lorenzi (Juan-Les-Pins)
 
"Pour ma fête, par un pur hasard je me suis retrouvé dans un club de personnes âgées où j'ai pu assister à votre spectacle sur le passé. Cela m'a rappelé mes grands-parents et mes parents et c'était vraiment un moment magique." Josette, La Roque d'Antheron
 
"Bravo bravo bravo Regis, c'est le meilleur spectacle que j'ai vu depuis que je fais le métier d'animatrice." Bénédicte La Salette-Montval (Marseille)
 
"Je n'imaginais pas lorsque je vous ai accordé un rendez-vous que vous enchanteriez pendant 1 h 1/4 les personnes âgées d'une telle façon. Merci pour votre prestation qui a fait revivre les moments publicitaires, évènementiels et musicaux de leurs vies." Michelle, CCAS de Toulouse
 
"Un super voyage dans le temps pour le plus grand plaisir des résidents. Merci à Régis pour cette magie et à bientôt." Brigitte (Lunel)
 
"Enfin un retour à notre "époque". Quel bonheur, que de souvenirs, quelle belle époque ou l'amitié était de mise. Merci pour cette très belle après-midi, on s'est régalé avec ce très très beau spectacle". Danielle (Mirandol)
 
"Super - divinement bien -  tout le monde était enchanté même que M. Benaben a dit : "Vous nous avez donné l'envie de revivre notre vie"." Sylvie (Sainte Barthe)
 
"Un grand merci pour ce bon moment et je crois, je suis sûre, qu'il a été partagé par mon mari." Mme Delbreil
 
"Une féérie de l'instant." Christian
 
"Beaucoup d'émotion dans ce spectacle plein de chaleur et d'humanité." Sylvie
 
"Une soirée inoubliable. Continuez à nous émerveiller et faites un long chemin." Claude
 
"Le meilleur spectacle que j'ai jamais vu. De loin." Tonton Kiko
 
"C'est bien simple, je n'ai plus de Rimmel !" Claudine (seconde femme de Tonton Kiko)
 
"A ma grande surprise, j'ai versé ma larme. Tu as atteint mon coeur. Bravo pour ces sentiments, ces émotions fortes, j'ai eu des frissons par moment." Ta couse Céline
 
"Redge, encore un bon moment passé en ta présence. On était venu plus pour toi que pour le spectacle, mais quelle agréable surprise ! On est fier de toi, continues d'oser, de vivre !" Pascale
 
"J'avais froid, un peu hagard, l'humeur moribonde et puis voilà, il y a toi avec toute ta générosité, l'intérêt, l'affection que tu as toujours su apporter aux autres, à moi aussi et Dieu sait si tu m'as rendu la vie belle depuis qu'on se connaît comme tu as su le faire une fois de plus." Jérôme
 
"Ce spectacle est nul à chier et je pèse mes mots." Gérard
 
memoria.viva@live.fr

Ma Mamie m'a dit...

Madka Regis 3-copie-1

 

COLLECTION "COMEDIE"

Mamie est sur Tweeter

Mamie n'a jamais été Zlatanée !

Mamie doit travailler plus pour gagner plus

Mamie, tu l'aimes ou tu la quittes

"Casse-toi pauvre Régis !"

Papi a été pris pour un Rom

Mamie est sur Facebook

Papi est sur Meetic

Il y a quelqu'un dans le ventre de Mamie

Mamie n'a pas la grippe A

La petite maison close dans la prairie

 

COLLECTION "THRILLER"

Landru a invité Mamie à la campagne...

Sacco et Vanzetti

Mamie a rendez-vous chez le docteur Petiot

La Gestapo française

Hiroshima

 

COLLECTION "SAGA"

Les Windsor

Mamie et les cigares du pharaon

Champollion, l'homme qui fit parler l'Egypte

Mamie à Tombouctou

 

COLLECTION "LES CHOSES DE MAMIE"

Mamie boit dans un verre Duralex

Le cadeau Bonux

Le bol de chocolat chaud

Super Cocotte

Mamie ne mange que des cachous Lajaunie

 

COLLECTION "COUP DE COEUR"

Mamie la gauloise

Mamie roule en DS

Mamie ne rate jamais un apéro

Mamie et le trésor de Rackham le Rouge

 

COLLECTION "DECOUVERTE"

Mamie va au bal

La fête de la Rosière

Mamie au music-hall

Mamie au Salon de l'auto

 

COLLECTION "SUR LA ROUTE DE MAMIE"

Quand Papi rencontre Mamie

Un Papi et une Mamie

Mamie fait de la résistance

Mamie au cimetière

24 heures dans la vie de Mamie

 

COLLECTION "MAMIE EXPLORE LE TEMPS"

Jaurès

Mamie embarque sur le Potemkine

Mamie et les poilus

Auschwitz

 

COLLECTION "FRISSONS"

Le regard de Guynemer

Mr et Mme Blériot

Lindbergh décroche la timbale

Nobile prend des risques

 

COLLECTION "MAMIE EN BALLADE"

Mamie chez les Bretons

Mamie voulait revoir sa Normandie !

La fouace Normande

La campagne, ça vous gagne...

Mamie à la salle des fêtes

Launaguet

La semaine bleue

Le monastère

 

COLLECTION "MAMIE AU TEMPS DES COURTISANES"

Lola Montès

Les lorettes

Mme M.

Napoléon III

Plonplon

La marquise de Païva

Mme de Pompadour

Générique de fin